Rarement le pouvoir aura atteint de tels sommets dans la stratégie du vide absolu. Alors qu'il ne dispose plus d'aucune réforme emblématique à sacrifier en signe d'apaisement, l'exécutif a annoncé ce jeudi matin, depuis un salon annexe du ministère des Sports (le président étant retenu par une partie de pétanque protocolaire sur le Vieux-Port), la suppression pure et simple d'une mesure qui n'a jamais été rédigée, votée ni même imaginée. « On renonce au chapitre 7 bis de l'article L.421 du Code de l'éducation relatif à un protocole interministériel non identifié », a déclaré une conseillère communication venue en slip sous le veston pour la photo officielle.

Une fuite orchestrée par Le Parisien, comme il se doit dans les moments historiques

L'annonce n'a pas été transmise aux organisations lycéennes — FIDL et UNL ont appris la nouvelle via un carrousel Instagram à 23 h 47. À leur place, ce sont trois créatrices de contenu TikTok comptant chacune entre 180 000 et 6 millions d'abonnés qui se sont vu remettre le dossier en main propre dans les salons dorés du quai Henri-IV. « C'est plus simple pour la prise vidéo », a justifié un conseiller Matignon sous couvert de l'anonymat, précisant que les influenceuses avaient déjà validé le brief sur WhatsApp à 14 h 02, soit six heures avant les syndicats lycéens réellement concernés par une réforme qui n'existe pas. La fuite dans Le Parisien est tombée comme un cheveu en trois temps : d'abord l'en-tête, puis la photo floue du dossier vide sous pochette kraft, enfin le commentaire « c'est chaud » de l'influenceuse @chloe.du92 sur le post Instagram.

Un rapport IGAS conclut à 73,4 % des Français « soulagés » par une mesure inexistante

Pour justifier cette concession rétroactive au néant administratif, Matignon a commandé en urgence un audit interne. Le document — référencé sous le numéro de circulaire interministérielle n°2025-IGAS-DGESCO/47-Bis-Ter quater non-signée (le signataire étant « à confirmer par la Direction des affaires juridiques ») — conclut que 73,4 % des lycéen·nes sondés se disent « très soulagé.e.s » d'apprendre l'abandon de mesures dont elles et ils ignoraient jusqu'à l'inexistence. Un chiffre tombant à 12,8 % quand on leur demande s'ils auraient préféré une réforme réelle — mais cette ligne a été barrée au marqueur noir par un directeur adjoint « qui n'était pas d'humeur ». Le budget alloué à la communication autour de ce renoncement vide : 4,7 millions d'euros, dont 1,2 million pour des autocollants #OnARenoncéÀRien distribués dans les lycées par un prestataire sous-traitant lui-même l'impression au Maroc.

« On avait déjà abandonné tout le reste en juillet »

En interne, on assume. « Il nous restait trois réformes emblématiques à sacrifier : la réforme des retraites (abandonnée de fait depuis 2023), celle du bac pro (déjà enterrée) et l'assurance-chômage des intermittents (jamais déposée non plus). On a pris ce qu'il nous restait dans le tiroir, même si c'était une note interne d'un agent recenseur en stage à la DGESCO », souffle un haut fonctionnaire Bercy. La logique administrative suit sa pente : quand on n'a plus rien à concéder de réel, on renonce symboliquement au virtuel. Une source Élysée confirme que l'idéal serait désormais « une concession sur les projets du prochain quinquennat » mais reconnaît un obstacle procédural majeur — le projet en question « est encore dans la tête d'un conseiller qui a démissionné pour ouvrir une fromagerie ». En attendant, Matignon étudie sérieusement de renoncer à « l'idée que quelqu'un ait eu l'envie d'avoir envie ».

L'exécutif annonce qu'il réfléchit désormais aux conditions dans lesquelles il pourrait ne pas abandonner quelque chose qui n'a jamais été prévu pour être appliqué un jour par personne

Le mouvement lycéen, lui, reste mobilisé — non parce que les concessions satisfont ou insatisfaient (impossible de trancher sur du vide), mais surtout à cause de la musique d'attente pendant le brief Instagram. Le ministère a annoncé ce vendredi qu'il ouvrirait une concertation nationale pour déterminer si un futur gouvernement pourrait éventuellement, dans l'hypothèse où il existera encore en 2031 et que son président ne sera pas retenu par des obligations péta-naires à Marseille, reconsidérer la possibilité de ne jamais abandonner ce qu'il n'a d'ailleurs déjà renoncé à inventer. Un formulaire Cerfa (n°15789×4) est disponible en préfecture pour s'enregistrer comme « personne qui aurait aimé une vraie réforme ». Date limite des réponses : aucune, le dossier étant classé sans suite par un agent de catégorie C sur son temps méridien.