PARIS — Ce vendredi 9 octobre au matin, aux alentours de sept heures quarante-trois (heure exacte relevée par les caméras du dispositif Vigipirate renforcé), une cinquantaine d'étudiants en deuxième et troisième année de l'École nationale supérieure des sciences sociales ont procédé à la première ouverture effective — physique, donc, non métaphorique — de la porte Jaujard depuis sa construction sous le Second Empire. L'un d'eux a actionné les deux vantaux pivotant sur leurs gonds en hurlant : « On ouvre enfin ! », avant que l'ensemble du cortège ne scande un chœur à trois voix emprunté au Lohengrin de Wagner, transposé pour la cause dans une version mineur d'une justesse musicale qui a fait pleurer deux gardiens républicains.
Sur place, les forces de sécurité ont dressé le constat habituel : « On ne peut pas arrêter des étudiants en train d'ouvrir littéralement ce qu'on leur dit être fermé depuis trois siècles. Juridiquement, c'est même un acte de conservation du patrimoine », a précisé au téléphone un commissaire divisionnaire sous couvert d'anonymat qui souhaitait que l'article soit « plus discret sur son nom parce qu'il est fan des enluminures médiévales ». Les pancartes relevées par le service événementiel — dont une reproduction fidèle du tableau de Magritte, Ceci n'est pas un blocus, apposée à la patte antérieure d'une lionne sculptée en grès gris, et un étendard calligraphié « Chascun honnit la milice » où l'on distingue clairement le pouce droit tendu vers une armure du XIVᵉ siècle — ont été saisies comme pièces à conviction. Le procureur de Paris a ouvert une enquête préliminaire pour dégradation d'œuvre classée, tout en admettant qu'il « ne voit pas bien comment qualifier pénalement un doigt pointé sur une statue ». Selon nos informations confirmées par deux sources au ministère de la Culture, le tableau n'a toujours pas été décroché : l'équipe du service patrimoine a estimé que retirer Ceci n'est pas un blocus reviendrait à « valider sémantiquement qu'il en est bien un », ce qui aurait pour effet d'annuler rétroactivement toute la manifestation.
Les boules de Nice et le cadavre du VIIᵉ : l'hypothèse sémantique se renforce sur tout le territoire national
À trois cent douze kilomètres au sud-est, à 14 h 07 précisément — heure relevée par la main courante numérique du lycée Émile-Boule de Nice (Alpes-Maritimes) —, un proviseur adjoint a appelé les pompiers pour signaler « une prolifération anormale d'objets sphériques en bois massif » dans le sac à dos des élèves scolarisés au sein de l'établissement portant ce patronyme. Trois boules lyonnaises certifiées Pétanque-Loisir, gravées du nom Boule sur leur face externe — et qui ne sont donc pas « une boule », mais bien la marque elle-même inscrite dans le bois d'orme massif de 71 millimètres de diamètre pour un poids réglementaire compris entre 690 grammes (minimum) et 835, selon les calibres. Le rectorat a publié à vingt heures douze une note interne stipulant que « la présence répétée du substantif Boule dans le nom propre d'un établissement public localisé au numéro trois de l'avenue Émile-Boule ne saurait être constitutive en soi, juridiquement parlant, ni des objets mentionnés ci-dessus ». Le rectorat a par ailleurs demandé aux familles « une vigilance accrue quant à la trajectoire balistique desdits projectiles lors du prochain conseil d'établissement », ce qui laisse entendre que le mouvement sémantique est désormais considéré comme un risque de sécurité intérieure.
L'enquête parisienne, elle aussi en cours et diligentée par l'Office central pour la répression des violences aux personnes (OCRVP), a confirmé à 16 h 20 qu'un assistant social — M. Jean-Pierre As-Sas, né le douze mars mille neuf cent soixante-treize au Mans, titulaire d'une licence de sciences sociales et politiques obtenue en deux mille trois— avait effectivement « assassiné », selon la terminologie retenue par les enquêteurs pour ne pas présumer du motif — sa collègue assistante sociale Mme Colette Vauquelin sur le trottoir situé exactement devant l'adresse rue d'Assas, à Paris VIIᵉ. L'intégralité de cette information, y compris la coïncidence toponymique qui a fait bondir un sous-brigadier en poste au commissariat du VIᵉ arrondissement (« J'ai cru que le type s'appelait As-Sa comme une contraction d'assassinat et qu'il avait assassiné quelqu'un dans sa propre rue, mais non : il habite à Montreuil ») a été vérifiée par trois sources distinctes. Le parquet de Paris refuse pour l'instant toute qualification pénale en raison du fait que « le nom patronymique As-Sas n'a pas d'ancrage géographique avec la voie publique concernée et qu'il ne s'agit donc, juridiquement parlant, ni d'un assassinat perpétré à As-sas, ni de l'inverse ». L'enquête se poursuit.
Un phénomène « kalambourgique » coordonné ou une coïncidence statistique que le ministère préfère ignorer ?
Le sociologue des mouvements protestataires Jean-Louis Kalenbourg (CEVIPOF — Sciences Po), auditionné par la commission d'enquête sénatoriale sur les blocages culturels en séance plénière du 10 octobre, a formulé une hypothèse qui fait débat : « Ce que nous observons n'est pas un mouvement politique au sens classique. C'est ce qu'il convient désormais de nommer le kalembour protestataire coordonné. Les étudiants ne bloquent plus pour des raisons idéologiques ; ils ouvrent parce que leur école s'appelle Louvre et qu'on peut donc, par extension phonétique rigoureuse, dire « on l'ouvre enfin ». Ils ont mis une boule dans la poche d'un élève du lycée Boule. Un assistant social nommé As-Sas a assassiné — le verbe est choisi avec un soin chirurgical pour ne pas qualifier juridiquement l'intention homicide présumée de ce qui reste encore, à cette heure-ci, une agression aggravée par préméditation et guet-apens. » Le chercheur ajoute que « la coordination entre ces trois événements distants dans le temps (respectivement 9 octobre matin, midi et quatorze heures) est statistiquement improbable si l'on applique un test de Poisson à λ = zéro virgule sept par jour sur les six mille deux cents établissements d'enseignement supérieur français. La probabilité que ce soit une coïncidence sémantique pure se situe autour du dix-millième, et je ne suis pas statisticien pour m'avancer davantage ». Le sénateur président de la commission a qualifié l'intervention « d'éclairante mais légèrement trop enthousiaste ».
Le ministère de l'Enseignement supérieur n'a toujours communiqué aucune directive. Contactée par notre rédaction à vingt-trois heures quinze, une conseillère en communication du cabinet est restée silencieuse pendant onze secondes avant de répondre : « On ouvre la porte ou on ferme ? C'est pas pareil pour le plan Vigipirate », puis a raccroché sans un mot supplémentaire.
À l'heure où nous publions ces lignes — vingt-quatre heures et trois minutes après les faits parisiens, soit samedi dix octobre à sept heures quarante-six du matin — la porte Jaujard reste ouverte. Les étudiants ont installé une tente de camping sur le seuil en bois massif ; ils affirment qu'ils « ne refermeront pas tant que l'ouverture n'est pas enfin validée par les Beaux-Arts ». Le service patrimoine a saisi un huissier pour faire constater, à titre conservatoire et sans préjudice de la suite judiciaire, que ladite porte est en réalité dotée d'un mécanisme pivotant réversible depuis 1852. Les étudiants maintiennent leur blocus ouvert.




