C'est une avancée majeure pour la fluidité administrative : les 148 000 policiers et gendarmes de France métropolitaine n'auront désormais plus besoin d'inventer des liens politiques fantaisistes entre un adolescent qui jette du gravier sur sa propre école et le bureau national insoumis. Le formulaire Cerfa n°17-420, distribué ce lundi matin dans l'intégralité des commissariats de France par la Direction centrale de la sécurité publique (DCSP), permet enfin d'« objectiver » une responsabilité idéologique qui ne reposait jusqu'à présent que sur un SMS vague reçu à 3 h du mat'.

Un formulaire en quatre rubriques, dont deux obligatoires et aucune facultative

Page 1 : « Cochez la case correspondant au courant politique responsable. En cas de doute entre ultragauche insoumise et anarcho-communisme libertaire LFI-compatible, cocher les trois cases du bloc C », peut-on lire en tête d'imprimé A4 plastifié distribué aux agents par un coursier à vélo cargo affrété pour l'occasion. Le formulaire se décline effectivement sur deux faces recto-verso : la première permet de désigner le parti (six choix, dont une case « Autre » qui renvoie systématiquement vers LFI via une annexe 7), tandis que la seconde oblige à justifier en trente lignes minimum pourquoi l'absence totale d'idéologie dans l'affaire concernée constitue elle-même un indice de radicalité insoumise.

Un commissariat du Val-de-Marne pilote avec quarante-sept formulaires remplis le premier jour sur six émeutes réelles

Pascal, 51 ans et vingt-trois années d'expérience en brigade anticriminalité dans les quartiers sud de Créteil (94), a été désigné « référent Cerfa » par sa hiérarchie. « J'ai rempli quarante-sept formulaires hier pour six poubelles brûlées, deux vitrines et un scooter volé », confie-t-il en tamponnant une liasse de feuillets roses à l'entrée du commissariat avec le sérieux d'un douanier au péage. « Sur les trois derniers dossiers j'ai dû passer vingt minutes sur la rubrique 3 pour justifier qu'il n'y avait pas eu « convergence des luttes insoumises » mais juste un mec bourré qui a pris une planche de skate en travers du crâne. »

Une annexe confidentielle précise le vocabulaire obligatoire à employer dans les PV

C'est d'ailleurs l'autre révolution apportée par la circulaire 2025-174 : un glossaire intégré au formulaire impose désormais aux agents de remplacer toute mention spontanée (« il était bourré », « c'était une bêtise entre copains ») par le champ lexical officiel. Le mot « apolitique » est strictement interdit et renvoie automatiquement à la case D-2 du bloc C (« absence d'engagement revendiqué = camouflage tactique insoumis »). En revanche, les termes « radicalisé », « cellule dormante locale de LFI » ou convergence des luttes sont désormais obligatoires dès lors que l'auteur a entre 13 et 46 ans.

Un policier du Rhône qui préfère rester anonyme glisse d'ailleurs à Mediapart : « On nous demande carrément, par écrit sur le formulaire de service en ligne « InfoGarde », d'écrire noir sur blanc que le suspect lisait des tracts parlementaires dans le noir tout en siphonnant un réservoir de Twingo. Si on oublie de cocher la case « complicité intellectuelle de Mathilde Panot », le logiciel refuse d'imprimer le récépissé de garde à vue et bloque la machine à café de l'étage. »