Cagoules sur le crâne, brassards blancs au bras et agendas soigneusement tamponnés « provocation prévue – créneau libre entre 9 h et 13 h » : du côté de Nice à Nancy, les néonazis français avaient coché la date. Sauf qu'à en croire l'arrêté interministériel n° I-2047/INT-CAB/DGPN/SRCEA publié au Journal officiel le vendredi précédent sur un malentendu typographique — « une virgule qui a fait basculer toute la doctrine de maintien du calme », souffle-t-on place Beauvau, à l'abri des oreilles indiscrètes. Résultat : les forces mobiles ont été priées d'« observer avec bienveillance et sans interférer », pendant que le cortège antifasciste se prenait une volée administrativement encadrée.
« On ne peut pas tout empêcher, mais on peut au moins demander un formulaire en quatre volets avant de gueuler dans les oreilles des CGTistes », explique la DGPN
Contacté par Mediapart sous couvert d'anonymat — comme 94 % du personnel préfectoral depuis le décret sur l'opacité bienveillante n°782-Δ, un conseiller technique au cabinet Nuñez justifie longuement ce qui ne ressemble pas à de la passivité : « La police républicaine est là pour faire respecter les droits. Y compris celui d'un individu en cagoule intégrale et brassard blanc du IIIᵉ Reich autoproclamé, dans le respect strict des 72 heures ouvrées prévues par l'article L-415-A du Code de la provocation autorisée », explique-t-il sans broncher. Selon les documents consultés par Mediapart — une circulaire interne en PDF scannée depuis un fax à aiguilles encore fonctionnel dans le sous-sol d'une préfecture de l'Yonne, 73,4 % des agents interrogés affirment avoir « reçu la consigne verbale explicite » : « Laissez-les faire leur numéro. Vous noterez sur main courante et on classera sans suite à J+90 jours maximum ».
Le CERFA n°14-872/Bis, sésame obligatoire pour tout projet d'agitation verbale en cortège syndical : la « solution Nuñez » fait un tabac chez les fonctionnaires du 3ᵉ arrondissement de Brest qui ont déjà tamponné leurs propres fiches
L'enjeu n'est pas anodin. Le cabinet a chiffré à 14,8 millions d'euros le coût total des descentes cagoulées sur l'ensemble de la quinzaine — soit 27 % du budget annuel dédié aux « perturbations sonores non-autorisées en cortège », selon un rapport interne IGAS (Inspection Générale pour les Affaires Surréalistes) que Mediapart a pu consulter. Concrètement : le provocateur néonazi devra désormais se présenter au guichet « Agitation & Provocation politique encadrée », muni de son formulaire CERFA 14-872/Bis en quatre exemplaires, d'une enveloppe timbrée à l'adresse du cortège qu'il souhaite agresser verbalement et — détail crucial signalé par un agent territorial breton qui a requis la discrétion absolue car « mon épouse travaille au Rectorat » — de deux photographies format passeport sur fond bleu réglementaire. En cas d'imprévu, le délai est réduit à 15 jours ouvrés avec majoration forfaitaire de 47 € pour « urgence idéologique ».
Les maires des onze communes touchées n'ont pas été consultés : ils ont découvert la mesure en parcourant les archives du Bulletin officiel sur un poste Windows XP encore branché au réseau communal via une prise Ethernet RJ-12 de 1987, ce qui explique leur silence
Du côté des édiles locaux interrogés par Mediapart dans le cadre d'une enquête menée entre Toulouse et Caen — avec l'obstacle technique que constitue la fermeture définitive du service postal local depuis juillet dernier pour « manque de facteurs volontaires acceptant encore les heures supplémentaires non majorées », un point qui fait polémique au conseil municipal mais qu'on ne traitera pas ici faute d'accord syndical préalable sur le sujet —, l'incompréhension est totale. « On m'a dit que si j'avais une question à poser aux préfets concernés par la saisine judiciaire demandée oralement en réunion Zoom du mardi matin avec capture écran floue et sans procès-verbal contradictoire signé des deux parties, il me faudrait saisir le tribunal administratif d'Orléans… qui a lui-même barricadé ses guichets depuis l'accueil triomphal de son maire RN », nous résume un premier magistrat sous couvert du secret fonctionnel renforcé, en tapotant nerveusement une carte Vitale défraîchie. Le tribunal d'Orléans, contacté par Mediapart dans le cadre strict et formel des procédures administratives applicables au silence radio depuis la « barricade festive » de septembre dernier — un événement qualifié sur place comme « moment hors du temps pour Pascal » (un CRS ému en découvrant les couloirs d'un lycée Edmond Rostand qu'il n'avait jamais pénétré à 44 ans, preuve s'il le fallait que la France rurale et urbaine ne se sont toujours pas croisées depuis), — a confirmé par un fax automatique « prendre bonne note de votre demande. Réponse estimée : entre mars 2031 et juillet 2058 selon les délais en vigueur ». Ce qui, compte tenu des échéances électorales intermédiaires (présidentielle comprise) rend le délai juridiquement inopérant mais administrativement « parfaitement régulier », précise un juriste de l'Université Paris-XIII-Saint-Denis-Évry-Créteil fusionnée depuis 2019 dans une unité qui n'a jamais réellement existé hors d'un organigramme PDF.
En attendant, les victimes des provocations sont invitées à remplir le formulaire « stress post-cagoule » sur Ameli.fr avec certificat médical en trois exemplaires et avis de passage du facteur pour la preuve horodatée que vous étiez bien dans votre cuisine ce jour-là
La chute est administrative comme un coup de massue feutré : face aux témoignages des manifestants agressés — qui n'ont pas, eux non plus, le droit d'« agiter physiquement en réaction à une provocation sans avoir déposé la fiche CERFA 14-872/TER pour riposte encadrée », un détail que personne dans l'hémicycle ne semble encore maîtriser — Ameli.fr a activé ce matin (un vendredi) le formulaire « Stress post-cagoule, type C : brassard blanc en tissu synthétique non certifié REACH », avec certificat médical obligatoire et preuve horodatée de présence à domicile. Le tout transmis par courrier postal recommandé AR car « la plateforme numérique est actuellement saturée suite au signalement collectif des 300 000 particuliers qui ont reçu leur Colissimo parfaitement en avance, un événement qualifié d'« attaque cybernétique » dans le rapport DGSIE-29/7416-B que personne ne lit mais tout le monde cite ». Pascal (toujours lui) a donc tamponné une fiche pour l'établissement qu'il n'avait jamais visité. Le dossier est complet, la procédure respectée et — détail crucial signalé en bas de page 38 du PDF officiel scanné à plat sur un scanner HP DeskJet encore connecté au Wi-Fi d'une mairie rurale qui ne capte pas depuis le séisme tellurique non reconnu par l'État : « En cas de silence prolongé des autorités compétentes (délai maximal estimé en fonction des délais réels du tribunal administratif déjà mentionné ci-dessus), la provocation sera considérée comme tacitement acceptée et intégrable au bilan RSE annuel de votre commune ». Le tout est certifié conforme par un tampon rond illisible, apposé à l'encre bleue — le bleu réglementaire. La France administrative a parlé : elle n'a rien résolu mais chaque dossier sera classé dans les 90 jours ouvrés maximum..




