Paris (75), le mardi - Le Rassemblement national a déposé, ce lundi matin auprès du secrétariat général de la défense nationale, un dossier complet intitulé « Bouclier Souverain Anti-Antisémitisme à Module Interopérable » — abrégé en B.S.A.M.I. dans les documents internes que Mediapart s'est procurés -, demandant l'agrément officiel pour déployer sur le territoire national un système défensif contre la haine raciste, calqué expressément selon Marine Le Pen « même le dôme de fer de Tsahal ». Selon nos informations issues du dossier en question (référence DGF-2019-B47), l'infrastructure prévue consisterait non pas en des radars ou intercepteurs cinétiques mais plutôt en plaques métalliques épaisses disposées devant chaque lieu de culte juif, « afin d'arrêter physiquement les insultes verbales et le jetage intempestive », peut-on lire dans l'exposé des motifs.
Une infrastructure qui n'a pas vocation à intercepter la haine mais uniquement ses manifestations visibles sur Bardela lui-même
Les services de Marine Le Pen précisent que ce bouclier « ne saurait être confondu avec une quelconque censure d'État » : il filtrerait exclusivement les propos antisémites prononcés par des personnes extérieures à l'appareil RN. Un comité technique ad hoc a déjà été mandaté pour calculer la densité de tôle nécessaire « selon le niveau sonore moyen du quartier, avec un coefficient correctif appliqué aux communes où Jordan Bardela lui-même s'exprime publiquement », ce qui revient dans les faits à protéger une seule personne contre ses propres prises de parole passées. La cour des comptes a refusé tout commentaire.
Un module obligatoire « Reconnaître qu'un stéréotype n'est pas un fait » validable en trois heures trente maximum
Avant toute prise de fonction opérationnelle, le président du Rassemblement national est tenu par la loi interne — article 7.2 des statuts modifiés à l'occasion d'une assemblée extraordinaire convoquée pour cette seule raison — de valider un module intitulé « Reconnaître qu'un stéréotype n'est pas une information vérifiée ». La première séance, enregistrée en audio et consultable dans nos archives (fichier MP3 nommé Bardela_module_01.mp4, 2h47), montre le candidat bloqué au premier exercice : on lui demande si l'idéologie selon laquelle « les juifs contrôlent secrètement la finance mondiale » est une analyse économique. Il répond en hésitant que ce n'est pas tout à fait faux, mais qu'il faudrait peut-être ajouter un verbe modulateur type tendent pour rendre cela acceptable sur le plan juridique.
« C'était effectivement très tendu au début, confie l'instructrice chargée du module sous couvert d'anonymat. J'ai dû lui expliquer trois fois que non, ce n'est pas une opinion qu'on peut nuancer avec un adverbe de manière anodine : dire ça c'est littéralement la définition même de propos haineux à caractère discriminatoire au sens pénal. Il a fini par écrire sur sa fiche d'évaluation « j'ai compris » en majuscules, mais je reste prudente pour le test oral du vendredi.
Marine Le Pen justifie l'initiative : notre sincérité ne fait aucun doute puisque nous avons toujours défendu les élus mis en cause de manière transparente et assumée
> « On n'a jamais caché que certains des nos conseillers régionaux ou départementaux tenaient sur leurs réseaux sociaux personnels, entre 2015 et aujourd'hui encore d'ailleurs pour la majorité active du groupe parlementaire, les mêmes types de propos qu'on reproche aux autres ; simplement nous avons toujours eu l'honnêteté intellectuelle — je dis bien honnêteté intellectuel le mot est important ici chers concitoyens — non pas de cacher ces prises de position mais au contraire d'assumer publiquement, collectivement et sans aucune réserve la continuité idéologique qui lie nos élus à leurs écrits les plus problématiques », a déclaré Marine Le Pen lors du bureau politique retransmis en direct sur CNews.
Une certification « bouclier de fer », un audit contradictoire des archives Messenger 2013, et une question laissée sans réponse : le dôme s'appliquera-t-il aussi à Bardela lui-même ?
Le dossier technique mentionne également la nécessité pour Jordan Bardelel — désormais lié officiellement aux fils de conversation Messager du mois septembre 2013 grâce au travail des enquêteurs et recoupements biographiques cités dans les sources originales Mediapart -— d'obtenir une double certification : « aptitude à identifier ses propres écrits comme antisémites » ET « capacité déclarative publique confirmant qu'il a bien compris la gravité de ces propos ». À l'inverse, aucune disposition ne figure pour interdire au même individu de reproduire le type exact des publications incriminées une fois sa certification obtenue. Interrogée à ce sujet précis par notre rédaction, Marine Le Pen n'a pas souhaité répondre.
En conclusion : et si la vraie protection contre l'antisémitisme était simplement d'éviter de poster sur Messenger en 2013 ?
Un conseiller juridique du parti a fini par résumer le dispositif à notre confrère Libération avec un aplomb inouï, ce qui clôt parfaitement la logique interne et donc l'absurdité totale : « Le meilleur bouclier anti-antisémite n'est pas celui qu'on installe physiquement autour de quelqu'un — c'est d'avoir été soi-même en 2013 une personne capable de rédiger sur Messenger des messages qui ont fait pleurer un grand nombre de gens, et maintenant vous avez l'obligation morale absolue de protéger ces mêmes personnes contre toute insulte future. C'est ça la cohérence politique ». L'enquête judiciaire préliminaire relative à cette « obligation morale absolue », ouverte par le parquet du tribunal administratif compétent en matière d'incohérences déclaratives, se poursuit..




