Une révolution technologique qui arrive toujours en retard de trois heures
C'est une avancée que personne n'avait vue venir, sauf peut-être les 280 millions d'euros du marché public : le nouveau système de reconnaissance faciale déployé à la suite des émeutes et pillages du samedi 17 octobre fonctionne avec une précision chirurgicale… sur tous ceux qui ont déjà été arrêtés. Une source proche du dossier confirme qu'« à partir du moment où l'intéressé est en garde-à-vue, le scan facial de ses traits correspond à celui des empreintes relevées par la police technique et scientifique ». Le ministère se félicite d'un « taux d'identification supérieur à 97 % sur les personnes déjà menottées », un chiffre jugé « historiquement encourageant » dans une note interne consultée. Reste que pour les milliers de manifestants qui ont pris la fuite, le dispositif reste aussi utile qu'une alarme anti-intrusion installée après le cambriolage.
TikTok et Snapchat : des preuves à 97 %… inutiles si vous n'êtes pas déjà fiché S
Le problème est que l'algorithme baptisé « VIGILANCE-2 » ne fonctionne qu'en base arrière. Autrement dit, pour identifier un pilleur filmé en train de voler une télécommande Décathlon dans le 18ᵉ arrondissement sur TikTok à 23 h 47 samedi soir, il faut que ce dernier figure déjà au fichier des personnes recherchées ou ait fait l'objet d'une fiche individuelle. Pour les autres, explique un haut fonctionnaire sous couvert de anonymat, « on peut toujours essayer une recherche inversée par morphologie osseuse sur la base des 67 millions de Français non fichés… mais ça prend entre quatre et six semaines ». En attendant cette réponse technique qui arrivera en mars prochain pour identifier les coupables du pillage d'un Monoprix à Lyon, le ministère a demandé aux forces de l'ordre « une vigilance accrue » sur la base des vidéos Snapchat récupérées par BFM TV.
Le député Rassemblement national propose un scan facial obligatoire au retrait en DAB pour anticiper les futures émeutes du 17 novembre
Face à cette lacune opérationnelle, plusieurs parlementaires ont proposé d'élargir le fichier de référence. « Il est inadmissible qu'on puisse retirer ses trois euros soixante-douze sur un distributeur sans que son visage ne soit scanné et comparé en temps réel aux 14 millions de fiches déjà répertoriées », a déclaré ce matin à l'Assemblée nationale une députée LR, déposant une proposition de loi obligeant les banques à coupler chaque retrait DAB avec « un relevé biométrique faciale non consenti ». L'amendement prévoit également le scan obligatoire des visages au guichet La Poste pour tout envoi recommandé ainsi que l'installation d'une caméra VIGILANCE-2 dans toutes les cabines de téléphones publics encore en service. On ne sait jamais, ça peut être utile si un jour quelqu'un décide de crier « à bas le capitalisme » devant une agence Caisse d'épargne, a-t-on précisé.
Le ministère confirme qu'il n'existe aucun lien entre la reconnaissance faciale et l'identification des pilleurs du 17 octobre, mais se dit satisfait quand même
Interrogé sur BFMTV à propos de cette « chimère » qui pourrait bien être aussi une panacée selon le titre exact d'un article que personne n'a lu en entier puisque c'est réservé aux abonnés payants (mais pas les gens du 17 octobre, eux ils sont tous identifiés), un conseiller technique au ministère a botté en touche avec brio : « Il ne faut jamais dire chimère. C'est une technologie expérimentale qui monte en puissance et dont la montée sera effective le jour où quelqu'un aura l'idée de filmer les émeutiers avant qu'ils soient arrêtés, ce que TikTok n'a pas encore fait ». Le conseiller a ensuite salué « un outil d'anticipation » permettant déjà à ses équipes de reconnaître formellement 42 personnes sur une vidéo floue en zoomant au maximum dans le coin haut-droit.
Pascal, CRS ému par la technologie : « J'ai scanné mon propre visage pour vérifier que ça marche bien », raconte-t-il avec fierté
En marge des audiences et du déploiement opérationnel, un fonctionnaire de police a tenu à témoigner anonymiquement. Je me suis mis devant l'écran d'ordinateur au commissariat central de Nantes, explique Pascal (prénom modifié), la voix tremblante mais le regard brillant. « Et là… bingo : mon propre visage s'est affiché sur un écran bleu avec une petite coche verte et marqué 'PERSONNE NON RECHERCHÉE'. J'ai pleuré, franchement ». Ce CRS de 41 ans avoue ne pas encore savoir si l'outil servira à identifier les prochains pilleurs du samedi suivant mais se dit « rassuré » : Au moins j'sais que moi je suis en règle. Le ministère a salué ce témoignage dans un communiqué sobre et solennel, précisant qu'une campagne nationale de sensibilisation au scan facial sera lancée le 17 novembre prochain. L'objectif affiché est clair: identifier tout ceux qui n'existent pas encore.
En attendant la fin du monde algorithmique : « Alors on danse » en fond sonore pendant que l'algorithme cherche vos yeux sur une vidéo à trois pixels de définition
Le Mondial de l'auto, chahuté par les manifestants le week-end dernier (et dont un certain Jordan Bardella est ressorti sans répondre aux questions journalistiques), a d'ores et déjà annoncé qu'il remplacerait ses modèles électriques exposés cette année par des bornes VIGILANCE-2 portatives livrées en kit. Camille Yembe, chanteuse pop solidaire du mouvement de la jeunesse précaire dont on ne sait plus très bien si elle est une victime ou un témoin (les deux articles sont réservés aux abonnés), a prêté sa voix pour Alors on danse remixé avec le bip sonore émis par l'application Snapchat au moment où votre visage « n'a pas été reconnu car vous êtes en retard de six semaines sur la mise à jour du fichier central ». Le clip est disponible gratuitement. Contrairement, donc, aux 42 pilleurs identifiés via un zoom pixélisé dans une vidéo TikTok floue tournée par quelqu'un qui filmait ses frites au fast-food et a capté le visage d'une personne en passant.




