Lyon (Rhône). – Le béton coule plus vite que l'encre des recours. Jeudi 15 octobre, la cour administrative d'appel de Lyon a balayé en trois lignes ce qu'il restait d'espoir aux collectifs du Chablais : pas de suspension immédiate pour les travaux de cette future autoroute à deux fois deux voies qui doit trancher le lac Léman-Monts-Blanc comme une cicatrice asphaltée entre Thonon et Machilly. Seize virgule cinq kilomètres d'asphalte, quatre échangeurs bétonnés sur des zones humides classées Natura 2000, un trafic projeté à 45 000 véhicules/jour dès la première année de mise en service – soit le double du flux actuel par les départementales. Les opposants saisissent désormais le Conseil d'État. Mais dans leurs mains, ils n'ont déjà plus qu'une enveloppe : celle des procès-verbaux de réunions publiques où l'on leur a dit que « la consultation citoyenne est un temps fort démocratique », pendant que les grues étaient commandées six mois avant.

Le cabinet unique qui signait tout – et personne n'a tiqué

À creuser le dossier administratif, une constante saute aux yeux comme un panneau de signalisation mal fixé : depuis 2017, l'intégralité des études d'impact environnemental du tracé A412 a été produite par ÉcoConseil Alpine SARL, cabinet basé à Annecy-le-Vieux. Pas une étude indépendante n'a filtré ce corridor de béton sur cinq ans et trois déclinaisons successives (DUP, enquête publique 2023, mise en compatibilité du PLU intercommunal). Le gérant d'ÉcoConseil Alpine ? Ancien directeur adjoint des services techniques de la communauté d'agglomération Thonon Agglo entre 2014 et 2019. Les contrats signés avec le conseil départemental, consultables via une demande CADA restée lettre morte pendant onze mois avant un refus « pour secret industriel », se chiffrent à 387 000 euros TTC sur la seule tranche « études faune-flore-habitats ». Dans l'une de ces notes internes que Mediapart a pu consulter, une phrase résume le projet : « Les zones humides identifiées en parcelles B-12 et C-4 relèvent d'un classement théorique non opposable aux infrastructures linéaires classées DIU. » Traduction libre pour les riverains de Machilly qui n'ont jamais entendu ces initiales signifier « Déclaration d'Intérêt Public » : leurs grenouilles rousses et leur crapaud accoucheur ne pèsent pas lourd face à un décret préfectoral.

Qui gagne, vraiment ? La géographie des profits derrière le tracé déviante

Le projet initial de 2019 prévoyait une variante nord évitant la plaine agricole d'Excenevex. Il a été abandonné en conseil départemental à l'unanimité moins trois voix – celles qui comptaient pour du beurre, selon un conseiller municipal retraité ayant requis l'anonymat :.