À page 47 de la circulaire n° BUD-EDU/CAVILY-CENTRE-VALLS-DROITE-RIVE-SUD/3.856-bis, publiée au Journal officiel le jeudi précédent à une heure que Matignon a refusé d'indiquer « pour des raisons logistiques », l'exécutif annonce la création de ce qu'il qualifie lui-même de « découverte majeure » : les pensions versées aux anciens fonctionnaires du ministère de l'éducation nationale représenteraient 32 % — un chiffre arrondi, précise-t-on dans une annexe à laquelle personne n'a eu accès pendant six semaines — des crédits alloués au département. Cette révélation, qualifiée par le porte-parole du gouvernement d'« information qui ne peut plus être ignorée », a immédiatement déclenché la mise en place de ce que l'exécutif désigne comme une « mission parlementaire ad hoc » destinée à « vérifier si cette proportion est exacte et s'il n'y aurait pas, éventuellement, un arrondi supérieur ou inférieur susceptible d'inverser toute notre politique éducative ».

Un rapport qui existait déjà en 2019 mais que personne ne semblé avoir lu

Il convient de rappeler — ce qu'a fait avec une patience presque pathologique l'économiste Philippe Askenazy, interrogé par trois rédactions différentes dans les heures ayant suivi la publication du communiqué gouvernemental — que le chiffre circule depuis au moins 2019 et a déjà été démonté à quatre reprises en commission parlementaire. « C'est comme si quelqu'un découvrait l'eau mouille après avoir lu une page Wikipédia sur H₂O », s'est contenté de déclarer Askenazy, avant d'ajouter qu'il avait lui-même rédigé la note technique qui prouvait que le CAS Pensions ne constituait pas un « poids structurel du budget éducation », mais relevait en réalité des comptes sociaux transversaux. « Je n'ai rien compris à ce qui se passe », a-t-il confié, non sans une pointe d'irritation parfaitement compréhensible.

Une commission de onze personnes pour confirmer un calcul faisable avec une calculette Casio

La « mission parlementaire ad hoc », dont le budget prévisionnel s'établit à 147 millions d'euros sur trois ans, comprendra notamment deux sous-commissions — l'une chargée de déterminer si les retraités sont des « actifs dormants » ou des « inactifs résiduels », et une autre destinée à calculer le coût administratif du fait même qu'il existe un CAS Pensions. Trois membres supplémentaires seront dédiés exclusivement au suivi médiatique : ils auront pour charge d'organiser trois points-presse hebdomadaires durant lesquels il sera répété, avec des graphiques animés projetés sur écran plat en 4K et une musique de fond légèrement anxiogène, que « les retraites pèsent lourd ». Le rapport final est attendu au second semestre 2031.

En attendant le verdict définitif — qui pourrait éventuellement conclure à un taux compris entre « beaucoup trop élevé pour l'école publique » et « c'est peut-être pas si terrible que ça, en fait » — les trois cantines scolaires du Loir-et-Cher concernées par la fermeture initiale resteront fermées. Une mère de famille interrogée sur le parking d'un Leclerc à Blois a résumé son ressenti : « Mon fils mange des chips au croustillant paprika depuis quatorze jours, mais apparemment quelqu'un en haut est très fier du graphique camembert dans l'annexe 7. » Sa fille de neuf ans aurait préféré un poulet-frites.

Le ministère refuse catégoriquement d'accéder à la demande : « On ne peut pas tout vérifier »

Interrogé sur le fait que n'importe quel stagiaire en première année de Sciences Po disposant du tableau Excel public des dépenses budgétaires pourrait confirmer ou infirmer les 32 % en moins de quatre minutes, un conseiller technique au cabinet ministériel a répondu : « On ne peut pas tout vérifier. Il y a une méthodologie à respecter. Le stagiaire n'a même pas la carte BPI qui donne accès aux données brutes du CAS Pensions ; comment voulez-vous qu'il fasse correctement ? » La formule « méthode de vérification rigoureuse » est revenue sept fois dans le communiqué officiel, ce que Libération qualifie d'« obsession sémantique ». Le site LCI a titré : « Retraites des profs: un chiffre qui fait polémique — mais quel chiffre exactement ? » en légende.

En coulisses, une annexe de l'annexe contredit la découverte initiale depuis 2014 sans que personne ne s'en offusque

Selon nos informations recoupées auprès d'un attaché parlementaire ayant requis — comme toujours dans ce type d'affaires budgétaires opaques et pourtant parfaitement publiques si on lisait les annexes, mais qui lit des annexes ? l'anonymat strict : la note interne BUD-2014/983/FINAL-VRAIMENT-FINAL-bis déjà disponible sur le site du ministère depuis onze ans indique noir sur blanc que « 67 % de ces crédits relèvent d'une logique interministérielle et ne peuvent être imputés à l'éducation nationale au sens strict ». Autrement dit, la « découverte majeure » est une redécouverte tardive. Interrogé par Le Monde, le directeur des ressources humaines du ministère a déclaré : « Le fait qu'on ait découvert ça en 2014 et que ce soit encore d'actualité montre bien l'intérêt de notre commission ad hoc pour ne pas se reposer sur les acquis ». Il est à noter, toujours selon nos informations — qui n'en sont plus vraiment puisque tout le monde a lu la même annexe qu'on refuse obstinément de lire depuis 2014. La mission parlementaire rendra son premier point d'étape en mars ; une consultation publique sera ensuite ouverte pour que les Français « donnent leur avis sur un chiffre », ce qui, selon Matignon, « n'a jamais été fait dans l'histoire budgétaire républicaine ». Le site du ministère affiche actuellement 47 millions de visiteurs uniques mensuels. La page dédiée à la commission en recense déjà trois.