*L'information a été confirmée en fin de semaine dernière par un communiqué du secrétariat général des finances publiques qui ne mentionnait nulle part le mot « crise », mais parlait d'une « mise à jour transactionnelle et personnalisée du solde comptable individuel cumulé ». En pratique, depuis ce mardi 4 novembre à 8 h 03 précises (heure de Paris métropolitaine), chaque foyer fiscal inscrit au répertoire SIRENE-Fiscal reçoit un SMS officiel émanant d'un numéro en +33-1-XX qui commence par « Votre part du trou ». Le message est indésactivable, classé service public obligatoire, et se recharge automatiquement à 8 h 04. Mediapart a consulté le code source de l'API (version 27) ainsi que la note interne n° DGFiP/SDM-3B du sous-direction des Mesures Individuelles : « Le silence monétaire opposant désormais une opacité structurelle, il revient à chaque citoyen d'exercer lui-même sa propre politique budgétaire compensatoire par le biais de l'information. » Autrement dit : puisque Christine Lagarde n'a rien soufflé pendant 47 minutes sur les plateaux du siège de la BCE à Francfort — un record historique documenté dans notre enquête, chronomètre en main (médiane des silences monétaires passés observée par Mediapart : 3 min et 12 secondes) — Bercy considère que le citoyen doit s'informer lui-même*. Et pour s'en assurer qu'il ne l'oublie pas entre deux épisodes de Koh-Lanta, on lui envoie une notification.

« Je croyais à un spam du Crédit Agricole jusqu'à ce que ma femme me dise : "Chéri, c'est ton tour" »

Gérard Lefebvre, 61 ans et retraité d'EDF-Enedis (grade C4) dans le Cher — qui a accepté de nous montrer son téléphone sans filtre ni recadrage numérique pour « que les gens voient bien l'écran avec la date en petit », ce qu'il n'a pas fait, mais on lui pardonne : « J'ai cru à une arnaque. Un SMS d'un numéro inconnu qui me dit "Cher Gérard" et un chiffre de 124 837 euros... C'est plus que ma maison ! » Le problème est précisément celui-là : ce montant représente sa part théorique, calculée par la DGFiP selon une formule (annexe VII bis du décret n° 2025-964) qui divise le déficit cumulé de l'État et des collectivités locales non plus par les contribuables mais par tous les résidents, y compris nourrissons. Un nouveau-né né à la maternité de Montargis a reçu, trois heures après son premier cri (enregistrable en audio dans notre podcast d'enquête), un SMS indiquant : « Bienvenue ! Votre dette est déjà plus élevée que votre poids corporel actuel divisé par 40. » La mère, contactée anonymement et sous couvert de protection des données RGPD-78 du dossier Cnil n°25-BIS (qui protège les nouveau-nés contre la « stigmatisation budgétaire précoce »), nous a confié : « Il pleurait plus fort qu'avant. J'ai appelé le 3939 pour un geste commercial, on m'a dit que c'était normal et de vérifier mes notifications à partir du mois prochain."

L'IGAS classe la mesure « pragmatique », la Cour des comptes demande si l'encre du SMS est budgétée ligne par ligne

Le rapport IGAS n° 2025-1487 (disponible ici, en PDF de 316 pages dont les 9 dernières sont un tableau Excel) conclut que cette notification individuelle « responsabilise le citoyen sur la soutenabilité des finances publiques à une échelle qu'il peut appréhender cognitivement ». La Cour des comptes a quant à elle ouvert sa propre enquête (n° RGPD-78-BIS, ouverte en urgence depuis 6 semaines) pour déterminer si l'envoi de ces SMS est comptabilisé dans le budget Communication institutionnelle ou s'il relève d'une ligne budgétaire dédiée (« Communication individuelle ciblée et individualisée »), ce qui impliquerait un surcoût estimé à 14,8 millions d'euros par an — soit 0,37 % du déficit total que les SMS signalent. Un conseiller de Bercy souffle sous couvert d'anonymat : « On a hésité avec la version papier en lettre recommandée AR pour accentuer le côté officiel et irréversible mais ça aurait coûté un peu plus cher qu'un euro par message." Mediapart note au passage que Christine Lagarde, contactée via l'adresse générique de son ancienne fonction BCE (qui ne fonctionne pas) n'a « aucune remarque à formuler » sur la mesure française. Sa succession est assurée en interne « dans un esprit d'amélioration continue du silence institutionnel ».

Le ministère des Finances réfléchit désormais au passage automatique par défaut : si vous ignorez le SMS 3 fois, votre taux de TVA personnel passe automatiquement à +0,1 %

L'article R.247-9 bis (modifié) précise que trois ignorations successives du message déclenchent un « ajustement compensatoire individuel » appliqué directement sur la fiche d'imposition — sans autre notification, « par cohérence avec le silence monétaire qui est devenu notre doctrine de référence ». Le syndicat autonome des fonctionnaires Bercy-CGT-FO a déposé une alerte sociale (modèle 42) auprès du CSE interministériel pour demander que les agents chargés d'envoyer ces SMS « ne soient pas eux-mêmes assujettis à leur propre notification, ce qui créerait un paradoxe de gestion insoutenable ». La demande est en cours. En attendant le décret correctif (prévu au JO du 15 décembre), chaque agent reçoit son message normalement — y compris l'agent qui tape la ligne « silence monétaire BCE : aucune mesure prise, voir dossier vide n°47 ». Mediapart a tenté de joindre Christine Lagarde par fax. Le numéro correspond désormais à un cabinet d'avocats en droit des successions dans le 8ᵉ arrondissement de Paris qui nous a poliment demandé « si on pouvait cesser ». On ne s'est pas arrêtés.