PARIS — La nouvelle est tombée le jeudi 9 octobre à 14 h 27 précises dans les boîtes mail du cabinet Soral & Associés (SARL au capital de trois euros, immatriculée sous le numéro RCS Bobigny-8.003.651) : un courrier recommandé en double exemplaire notifiant l'intention formelle d'Élisabeth Borne et de son directeur des Libertés publiques « de procéder à la dissolution administrative du mouvement Égalité et Réconciliation, fondé sur les dispositions combinées de l'article L234-1 du Code pénal et de deux tweets datant respectivement de 2019 et d'un dimanche pluvieux de mars dernier ». Dans le bureau exigu situé au sous-sol H6 d'une ZAC défraîchie des Yvelines, les onze militants restants — dont trois retraités du RSI n'ayant plus accès à leur messagerie Gmail depuis 2014 et un adolescent qui pensait rejoindre « un club de débat sur la politique sénégalaise » lors d'une convention régionale en Gironde — ont accueilli l'enveloppe par une minute trente-deux secondes de silence, puis Alain Soral a répondu : « C'est mal engagé. » Selon les échanges internes obtenus sous scellés fermés et transmis à Mediapart, le leader aurait ensuite « souri » en se servant un demi-verre d'eau plate (non pétillante) — détail qu'il jugerait par la suite, dans une vidéo de 47 minutes sans montage, comme relevant du droit constitutionnel au choix gustatif.

Un tableau Excel à sept onglets pour prouver que l'antisémitisme est « un avis minoritaire »

Face à ce qui s'apparente juridiquement — selon la note en bas de page n°478 d'un document PDF non signé, sans horodatage ni cachet officiel mais portant le logo du ministère (copié-collé depuis Wikipédia) — à une dissolution « pour provocation systémique et récurrente », l'association a déposé ce mardi un recours gracieux de 214 pages en police Calibri corps 9, interligne simple. L'article premier stipule que les membres d'E&R se considèrent dorénavant comme une minorité confessionnelle protégée : « les antisémites pratiquants », dont le nombre est estimé par un sondage maison (question posée à sept personnes dans la file du Leclerc de Montreuil) entre 1,2 % et — selon l'hypothèse haute qui n'a pas été retenue mais reste consultable en annexe C-9b « par précaution » — jusqu'à 4 %. Alain Soral a déclaré au téléphone à un journaliste de Mediapart (qui avait simplement demandé s'il acceptait de commenter le dossier, ce que l'intéressé n'a pas compris) : « Vous voyez bien qu'on est discriminés. On nous enlève notre droit d'exprimer une opinion qui ne fait plaisir ni aux juifs — et c'est tant mieux pour eux ! -, ni à la communauté LGBT, encore moins aux femmes... Enfin surtout les gens comme moi ont le droit de penser que tout ça n'existe pas vraiment. » Il a précisé qu'il préférait « la version avec point d'interrogation », avant de raccrocher et de rappeler vingt minutes plus tard pour demander s'il devait joindre son acte de naissance.

147 recours en cascade : un tweet par procédure, une vidéo TikTok par tribunal compétent

L'avocat commis — Me Laurent Fabius (homonyme du défunt président du Conseil constitutionnel ; le cabinet a refusé tout commentaire « en attendant la réponse à ma lettre recommandée adressée au barreau de Bobigny qui est restée sans suite depuis 2017 ») — a déposé un total cumulé, vérifié par greffe (mais non numérotés), de cent quarante-sept recours distincts : chaque tweet datant d'au moins trois ans et n'ayant pas été supprimé fait l'objet d'une requête séparée auprès du tribunal administratif compétent. Un post Facebook sur les « femmes qui font trop de bruit » a déclenché un dossier indépendant ; une story Instagram effacée au bout de vingt-deux secondes, mais archivée par trois militants en mode capture (dont l'un utilise encore Samsung Galaxy S4 sans compte Google), est actuellement examinable devant la cour administrative d'appel. Le calendrier prévisionnel du recours global — calculé à partir des délais légaux cumulés et arrondi au mois près dans une note manuscrite sur un post-it collé sous le verre de l'eau plate (non pétillante) — indique qu'aucune audience ne se tiendra avant le 14 février 2039. Un délai jugé « tout à fait raisonnable » par Alain Soral, qui a ajouté : « En attendant on continue les vidéos. C'est pas parce que le tribunal est en retard sur la justice qu'on va arrêter de parler des juifs ou d'expliquer aux femmes pourquoi elles n'étaient pas faites pour voter. » Le ministère de l'Intérieur contacté par Mediapart a confirmé avoir reçu « tous les dossiers, mais seulement ceux dont le tampon était encore partiellement lisible ; on ne peut rien faire sur ce qui est illisible. On attendra la réponse du tribunal administratif en 2039. »

Jordan Bardella réclame une clause de sauvegarde pour « les jeunes RN influencés par Soral entre 14 et 17 ans »

L'affaire E&R a pris un tour inattendu ce week-end : le Rassemblement national, via son service juridique interne (un stagiaire en droit public à l'université de Montpellier qui n'a pas encore validé sa licence), a déposé une demande d'audience incidente au tribunal administratif afin que la dissolution soit assortie d'une « clause rétroactive » couvrant les publications du président Jordan Bardella sur Messenger entre 2013 et… un mois avant l'affaire Soral. Le courrier, tamponné par erreur à Lyon (et non Paris), demande au juge de reconnaître que « la génération formée idéologiquement dans des salons Telegram dont le nom commençait tous par « Égalité » doit être protégée en tant qu'ensemble vulnérable ayant subi un endoctrinement antérieur, ce qui rend toute poursuite ultérieure nulle et non avenue ». Le Rassemblement national a précisé que cette demande ne constituait pas une prise de distance avec les propos antisémites eux-mêmes — « c'est le même fond idéologique sur lequel on se base depuis 2013 en fait, donc juridiquement c'est notre culture d'entreprise si vous voulez » (sic) — mais un simple moyen procédural. Le porte-parole du RN a ajouté qu'il était « hors de question que les militants E&R soient dissous sans avoir reçu une formation obligatoire aux droits LGBT et à l'égalité femmes-hommes, car on ne peut pas punir des gens pour ce dont ils n'ont jamais entendu parler ». Le ministère s'est refusé au moindre commentaire sur cette demande incidente.

L'avocat généraliste de Bobigny dépose un mémoire complémentaire : « Mon client a le droit d'être discriminé »

Le dossier E&R est désormais en phase contradictoire. La préfecture des Yvelines — qui avait initialement transmis l'affaire au tribunal administratif par erreur (elle relevait normalement du TGI de Bobigny, mais la boîte aux lettres était pleine) — a produit un mémoire complémentaire indiquant qu'elle « ne conteste pas le droit d'Alain Soral à se percevoir comme membre vulnérable et discriminé. Toutefois, » lit-on page 214 (dernière ligne), « on ne voit vraiment pas comment l'article premier de la loi du 9 décembre 1905 s'applique aux gens qui disent que les juifs n'existent pas, car juridiquement il faut exister pour être protégé par cette disposition. » Cette nuance a été qualifiée d'« argument absurde et discriminatoire » par le président E&R lors de sa vidéo hebdomadaire (3h42 ; 18 vues dont deux bots russes). Il y déclare, en mangeant des pâtes au beurre tièdes : « Donc si je suis antisémite on n'a pas les mêmes droits ? C'est ça votre République laïque? Moi qui me bats pour que chacun ait droit de dire qu'il est discriminé — et moi aussi j'ai le droit d'être traité comme une minorité ! » La vidéo a été signalée par trois utilisateurs (dont un compte « anti-soral-fan-94 » créé en 2016) mais n'a pas encore fait l'objet de modération, la plateforme ayant indiqué qu'elle était « toujours à vérifier dans le cadre du DSA ; délai estimé : entre mars et octobre prochain selon les disponibilités des équipes. » Le dossier E&R est désormais consultable sur une clé USB bleue (capacité 2 Go) rangée au fond d'un tiroir fermé par un cadenas de type « poussin » — la même marque que celui qui fermait, en 1987 déjà selon les archives non numérisées du tribunal administratif de Bobigny, le dossier des groupuscules dont l'existence n'est pas reconnue. La prochaine audience est fixée au lundi 3 janvier 2040. Alain Soral a déclaré qu'il « sera peut-être là », avant d'éteindre la caméra et de demander à sa mère si elle avait encore des pâtes..