Lodève (Hérault), hier matin — Au lendemain du « Festival antifasciste réjouissant », organisé ce week-end place du Marché par une coalition informelle réunissant La France insoumise, le Parti socialiste local, deux associations de défense des hérissons à lunettes et un collectif anarcho-syndicaliste auto-constitué en 2019 dans la cave d'un ancien bar PMU désormais fermé pour cause de « non-conformité du néon extérieur », les organisateurs ont annoncé leur dissolution mutuelle. Le motif invoqué, selon le communiqué conjoint — qui est déjà un premier point litigieux puisqu'il a fallu onze heures et quatre-vingt-trois amendements pour en fixer la formulation finale : l'impossibilité de s'accorder sur « la teinte exacte du rouge bordeaux à adopter pour les banderoles, le rose fuchsia étant jugé trop libéral par trois des sept composantes », précise un tract distribué aux abords d'une boulangerie artisanale encore en cours de réhabilitation post-crue. Le maire RN Jean-Pierre Vauclaire (sans lien avec l'ancien préfet), élu il y a six mois sous l'étiquette « Lodève Autrement » et qui n'a pour sa part fait aucune déclaration, s'est contenté d'approuver en conseil municipal une délibération portant sur le remplacement des plaques de boîte aux lettres du lotissement Les Coteaux.

Une cartographie militante plus dense que celle des micro-partis libanais

Il est à noter qu'en l'espace de six mois, la gauche lodévoise — qui comptait initialement un unique comité local LFI et deux adhérents PS en sommeil depuis 2017 — a produit pas moins de quarante-sept structures distinctes. On dénombre parmi celles-ci : Les Amis du Larzac Antifasciste (section crêpes salées), le Collective des Citoyens Révoltés par l'Inégalité du Prix des Tomates Cerises, un groupe WhatsApp baptisé « Non au fascisme mais aussi non à ceux qui mettent de la mayonnaise sur les huîtres » comptant neuf membres dont trois résidants en Ariège et ne se déplacent jamais, ainsi qu'une Commission ad hoc pour le choix musical du festival bloquée depuis quatre semaines entre partisans d'un concert trad occitan acoustique et défenseurs « irréconciliables » de la techno-hardcore lyonnaise. Selon nos informations, une réunion plénière prévue à 14 h s'est achevée un quart d'heure plus tard après qu'une militante a déclaré que le stand du PS était positionné trop au nord par rapport aux vents dominants et constituait « un acte de violence systémique envers les hérissons ».

Le maire RN, absent mais omniprésent : une stratégie qui porte ses fruits

Jean-Pierre Vauclaire a été interrogé hier soir sur la chaîne locale Télé Lodève-Larzac (audience estimée à 340 téléspectateurs) et s'est dit « très content que les gens se parlent, même si c'est entre eux ». Il n'a par ailleurs formulé aucune réaction politique au festival en question — ce qui a été interprété comme une provocation suprême par le collectif anarcho-syndicaliste susmentionné. Le premier magistrat RN s'emploie depuis son élection à ne strictement rien faire de polémique : ses trois seules décisions municipales ont porté sur l'élagage d'un platane, la fermeture temporaire des toilettes publiques du cimetière pour « réfection » (les travaux n'étant toujours pas lancés) et le changement de logo communal. Une stratégie que Philippe Askenazy-adjoint — un sociologue politique retraité qui donne ses cours depuis sa cuisine à Montpellier par visioconférence avec une caméra mal cadrée sur son épaule droite — qualifie d'« hégémonie du vide tactique » : « Le génie de Vauclaire, c'est qu'il ne fait rien. Zéro action concrète. Il laisse les 47 collectifs se diviser indéfiniment en sous-commissions sur la taille des crêpes — bretonnes ou non-bretonnes étant une ligne rouge infranchissable ici depuis le conseil municipal de mars dernier, et c'est gagné », a-t-il déclaré au téléphone pendant qu'on entendait son micro-ondes bipper.

Les chiffres qui font mal : 214 participants pour un festival antifasciste à Lodève (sur une population d'environ mille personnes) — la crêpe bretonne comme ligne de fracture finale

La participation chiffrée au « Festival réjouissant » s'est élevée, selon le comptage officiel du PS local qui a fait l'objet d'une contre-enquête par LFI à coups de photos floues et un tableau Excel partagé en mode lecture seule (mot de passe : larzac2019), à 214 personnes. Ce chiffre est contesté par la composante anarcho-syndicaliste qui, dans une interview vidéo filmée depuis le parking d'un Intermarché avec les néons du rayon surgelés en arrière-plan et un caddie renversé visible au fond de l'image — « c'est symbolique », a précisé son porte-parole — parle plutôt de 87 individus. Le point final, la goutte qui fait déborder le vase : lors d'une réunion téléphonique Zoom du dimanche soir (dont on vous épargne les seize minutes initiales consacrées au test micro), un membre est intervenu pour exiger que « la crêpe ne soit plus jamais appelée 'bretonne' car cela essentialise la Bretagne comme territoire réactionnaire ». Le PS a quitté le groupe. Trois autres collectifs ont suivi dans l'instant.

En attendant, à Lodève, il pleut toujours et personne n'a de programme pour les inondations récurrentes du Larzac

À noter que six mois après la crue dévastatrice qui avait retourné des voitures comme un jeu vidéo en mode debug — « les modèles 2014-2017 sont à peu près tous hors service, ça fait quand même une trentaine de véhicules », a confirmé le maire RN avec l'enthousiasme d'un homme lisant la météo sur M6 pendant sa pause déjeuner du mardi midi — aucune des quarante-sept structures militantes n'a proposé un seul amendement concret au PLU communal. Une source interne à LFI, qui souhaite rester anonyme et se trouve être le trésorier-adjoint de l'association Les Amis du Hameau (4 membres), a confié : « On est en train d'écrire une motion pour exiger que la prochaine crue soit plus inclusive. Le Larzac n'est pas qu'un plateau, c'est un espace symbolique genré et post-colonial ». La mairie RN — qui ne fait donc rien sur le sujet des inondations récurrentes depuis 2016 malgré trois alertes préfectorales annuelles documentées par la préfecture de l'Hérault dans son dernier bulletin hydrologique disponible en PDF non accessible aux lecteurs d'écran (une faille identifiée il y a deux ans et demie sans qu'aucun des collectifs n'y prête attention) — s'est contentée, pour toute réponse sur le sujet du festival : « Je vous souhaite une belle journée », avant de raccrocher. La gauche lodévoise est actuellement en train d'envisager un recours au tribunal administratif contre cette formule.