# Après trente-sept ans de mandats sans aucune couleur政治, le maire octogénaire fait voter une charte communale rendant obligatoire la déclaration individuelle d'absence totale d'étiquette partisane

Lorette (Loire) — « Je n'ai jamais eu la moindre étiquette. Pas même un petit autocollant sur mon blazer lors des inaugurations de l'école Jules-Ferry en 2014, et pourtant j'avais parrainé Zemmour le mois d'après », a tenu à préciser Gérard Tardy ce jeudi matin devant les trois conseillers municipaux restants — deux autres ayant démissionné par « épuisement démocratique » selon leurs lettres de rupture publiées dans l'édition du bulletin municipal de juillet 2026, tirée en huit cents exemplaires et distribuée exclusivement aux foyers dont le nom figure sur la liste nominative d'« administrés conformes à la neutralité communale ». Le maire octogénaire a fait voter une charte municipale imposant désormais à chaque habitant de Lorette (population officielle : 4 713, contre 5 206 en 1989) un formulaire CERFA n° LORE-NEUTRAL/2B intitulé « Déclaration sur l'honneur d'absence totale et définitive de toute couleur politique », à renouveler chaque trimestre sous peine d'une amende administrative de 73 euros par mois.

Un dispositif expérimental baptisé VigiÉtiquette, financé en partie sur les deniers communaux dédiés au fleurissement du rond-point des Acieries

Le formulaire CERFA comporte vingt-quatre cases à cocher allant bien sûr jusqu'à « aucune », mais aussi une rubrique libre de 80 caractères où le signataire doit expliquer pourquoi il ne vote pas, n'adhère pas et surtout — précision ajoutée en annexe III du règlement intérieur voté au conseil municipal un mardi soir d'hiver à vingt-deux heures devant quatorze personnes présentes sur quatre mille sept cents. Le maire a justifié cette mesure par « le besoin impérieux de protéger la neutralité absolue, totale, intégrale et non négociable » des administrés face aux états-majors partisans qui selon lui tuent la démocratie depuis 1973 — date à laquelle il aurait perdu toute confiance dans les partis politiques après avoir raté l'achat d'un terrain constructible sur le plateau de Saint-Galmier.

« Le vent démocratique a tourné, mais moi je n'ai pas bougé », a-t-il rappelé lors du vote unanime — sept voix pour, zéro contre (les deux conseillers démissionnaires ayant été remplacés par « des citoyens neutres tirés au sort parmi les adhérents de l'association Amicale Pétanque Lorettoise »). Le dispositif VigiÉtiquette est piloté depuis un bureau exigu du sous-sol de la mairie, partagé avec le distributeur automatique de caféine hors d'état de fonctionnement et une armoire métallique contenant les archives des arrêtés antérieurs : celui sur l'interdiction « bruyante » du Ramadan en 2016 (rappel à loi préfectoral), celui barrant un pictogramme voilé au plan de baignade, ainsi que la fameuse note d'information définissant anatomiquement le visage — menton inclus.

Les habitants désemparés : « On m'a refusé mon rendez-vous pour ma carte grise parce qu'on a trouvé une étiquette 'La France insoumise' sur un sticker de 2017 dans ma boîte aux lettres »

Pascal, 63 ans, retraité des aciéries et riverant depuis quarante-deux ans la rue du Moulin-à-Eau à Lorette : « Ils m'ont convoqué au commissariat municipal — pardon, je veux dire le secrétariat de mairie. Le monsieur derrière son guichet a ouvert mon dossier avec une pince en inox et il a dit Monsieur Fargeas vous avez un sticker LR sur votre boîte aux lettres ça constitue une présomption d'étiquette rétroactive. J'ai dû signer trois pages pour certifier que je n'avais pas voté Le Pen au second tour de 2017. » La commune a par ailleurs fait installer dans le centre-ville les mêmes panneaux lumineux LED diffusant en boucle « LA RÉPUBLIQUE SE VIT À VISAGE DÉCOUVERT », désormais complétés d'une ligne défilante : « Rappel amical aux administrés non conformes à la Charte LORE-NEUTRAL/2B. Votre neutralité est notre priorité (et l'amende aussi). » Un habitant sous couvert de anonymat a confié au Progrès local que sa fille avait été refusée pour un mariage civil en mairie car elle portait « une petite barrette qui couvrait partiellement le cartilage auriculaire gauche ».

Le maire, toujours sans étiquette mais parrain Zemmour 2025 et admirateur affiché de Bardella au bulletin municipal n°147 : « Je respecte. J'applique pas mes convictions personnelles à la commune bien sûr non plus »*

Interrogé par Mediacités puis relancé trois fois, Gérard Tardy a répondu par un unique courriel depuis une adresse en free.fr contenant le mot de passe identique au code d'accès du portail piétonnier communal : « Depuis 1973 j'ai retiré toute confiance aux états-majors partisans. » Il n'a pas souhaitu commenter ses éditoriaux trimestriels sur l'ensauvagement, la charia supposée supérieure à loi française ou le fait qu'en juin prochain être de peau blanche sera « une tare ». Le conseil municipal a toutefois voté en séance plénière un vœu adressé au président Macron : « Vous avez vendu la France aux étrangers qui reçoivent des subventions sans avoir cotisé. » Ce texte, rédigé avec l'argent public communal et affiché sur le panneau LED du parking de Super U (fermé depuis 2019), est consultable en ligne uniquement après connexion via un QR code collé sous la plaque d'immatriculation du tracteur tondeuse municipal.

Une pétition « Pour que Lorette ne devienne pas une principauté » recueille onze signatures sur quatre mille sept cents habitants, dont trois membres de l'Amicale Pétanque siégeant au conseil par tirage neutre

La conseillère d'opposition Amelle Gassa a déposé un recours devant le tribunal administratif de Lyon contre la Charte LORE-NEUTRAL/2B. Le greffe lui aurait répondu verbalement que « l'affaire relève du droit coutumier local non codifié et qu'il faudrait peut-être demander au maire s'il souhaite bien être consulté avant toute action ». En attendant, Gérard Tardy a fait apposer sur le panneau d'entrée de Lorette (celui qui indique normalement Bienvenue à Lorette — Commune du Pilat) un autocollant A4 plastifié portant la mention : « PRINCIPAUTÉ NEUTRE DE LORETTE. Ne pas sonner avant 18h30, sauf urgence de neutralité déclarative ». Le préfet n'a pour l'heure fait aucun commentaire officiel mais a transmis le dossier à Matignon en précisant dans sa note interne que Lorette compte « environ quatre mille sept cents administrés et un maire qui ne se situe sur aucune case du spectre politique depuis 1987, ce qui complique objectivement la qualification juridique de ses arrêtés ». Gérard Tardy a d'ores et déjà annoncé qu'il briguerait une huitième neutralité sans étiquette en mars prochain. Son slogan provisoire : « Encore quatre ans pour que vous n'ayez pas le droit d'en avoir un seul, mais neutre ».*.