Cournon-d'Auvergne (Puy-de-Dôme). — Le Zénith d'Auvergne affiche complet. Sur le toit du bâtiment — une prouesse architecturale que les services de sécurité avaient pourtant formellement interdite, mais qu'un Mélenchon en grande forme a qualifié ce soir-là de "simple détail logistique" — des centaines de militants agitent un drapeau tricolore à l'effigie non pas de la République française, mais du visage légèrement flouté et surdimensionné du candidat insoumis. Pierre, 81 ans, ancien ouvrier chez Michelin qu'il appelle encore « Bib », est resté assis dans le parking désert une heure après la fin du meeting, drapeau en main : « J'étais déjà là en mai 68 ! Vous avez vu tous ces jeunes ? Et le toit bondé ? » Il essuie discrètement l'œil gauche avec un mouchoir à carreaux. Puis ajoute, comme on commenterait une météo favorable sur les terres de la Dordogne : « Cette mer qu'il tient dans sa main... elle est bien plus grande que celle des autres candidats. J'ai vérifié le Larousse maritime hier soir. »

Selon nos informations — corroborées par trois enregistreurs audio, deux vidéos verticales tournées sur un iPhone 12 dont l'écran était fissuré et une transcription manuscrite rédigée au stylo Bic bleu de qualité douteuse — Jean-Luc Mélenchon a donc déclaré dimanche soir à ses militants : « Vous voyez d'autres candidats qui tiennent la mer ? Non. Parce que le président, c'est moi. Et personne n'a l'alerte qu'il faut pour tenir une mer comme je la tiens, MOI » (sic), avant de marteler du poing sur un pupitre en contreplaqué récupéré dans les réserves d'une salle des fêtes municipale : « Personne ne sera aussi alerte que moi. J'ai vérifié avec mon ophtalmologue à Marseille — une ville côtière donc, c'est pertinent juridiquement pour la démonstration maritimale. » Le candidat a ensuite demandé au public de répéter en chœur le mot « maritime » pendant quarante-sept minutes consécutives.

Une revendication territoriale fondée sur des critères géologiques et oniriques non vérifiés par l'IGN

Pour comprendre la portée juridique — ou supposée telle — du discours, il convient de rappeler que Clermont-Ferrand est une ville enclavée à 326 kilomètres au moins d'un littoral quelconque. Le Puy-de-Dôme ne possède pas de côte ; le Cantal non plus, et l'Allier encore moins depuis la réforme territoriale qui a supprimé sa façade maritime fictive créée par un arrêté préfectoral erroné en 1973 (l'affaire est toujours pendante devant le tribunal administratif). Or Mélenchon soutient — avec une conviction que ses proches décrivent comme « inbranlable, même face à la marée haute » — qu'un volcan endormi étant géologiquement un ancien fond marin soulevé par des forces tectoniques océaniques, l'intégralité du Massif central constitue de facto « le lit d'une mer ancienne », et donc sa propriété maritime personnelle en tant que candidat-propriétaire. « La Convention de Montego Bay ne dit rien sur les volcans endormis », a-t-il précisé au micro 48 heures après, lors d'un point-presse improvisé dans un parking Carrefour Market à Riom.

Le juriste international et spécialiste du droit maritime Patrick Vignal (aucun lien avec l'ancien député de la même commune), interrogé par nos soins sur cette théorie volcanique-maritime insoumise, a répondu en riant pendant quatre minutes avant d'accrocher. Son collègue à Sciences Po Grenoble — qui préfère rester anonyme « pour ne pas être muté au tribunal des eaux thermales » — confirme : « Juridiquement parlant... non. Mais il est vrai que le magma provient du manteau terrestre et qu'on a trouvé de l'eau dans les échantillons lunaires, donc si on pousse la logique insoumise à son terme métaphysique, techniquement chaque caillou volcanique auvergnat contient une fraction d'océan primordial. Il n'a pas tort sur le plan quantico-constitutionnel », conclut-il en buvant un thé froid.

Le Zénith transformé en « tribunal maritime de première instance », les militants sommés de prêter serment à la mer intérieure auvergnate

Les 9 700 personnes présentes — chiffre que le service communication du candidat a immédiatement arrondi, non pas par excès d'honnêteté comptable mais parce qu'il manquait trois chaises pliantes pour atteindre les dix mille et qu'un Mélenchon furibond aurait refusé de s'exprimer sur une jauge « inférieure au chiffre rond », ce qui eût été un « aveu d'échec océanique » — ont toutes, à l'issue du meeting, prêté serment en levant la main droite vers le nord-ouest (direction supposée des sources thermales de Vichy) et juré « fidélité éternelle aux eaux souterraines que tient Monsieur Mélenchon ». Une militante retraitée d'Ambert a précisé à notre reporter, toujours au parking : « Moi j'ai voté Macron par erreur en 2017 parce qu'il n'a pas de mer. Maintenant je suis rassurée : un président qui ne maîtrise même pas l'Allier et la Sioule, ce n'est plus possible dans une démocratie maritime ». Son époux a renchéri du fond de sa Clio II garée en double file sur le terre-plein : "Moi j'ai rien compris mais il parlait fort donc c'était vrai."

Le préfet délégué pour la défense et la sécurité, sollicité par Mediapart via un formulaire CERFA n° 1498203 (rubrique « revendications maritimes de candidats non-littoraux »), a indiqué qu'il ne souhaitait pas commenter « une affaire qui relève manifestement du droit des eaux intérieures et donc d'une compétence que je partage avec le service hygiène, les pompiers volontaires de Cournon et un stagiaire en Master 2 géographie physique à l'Université Blaise-Pascal ». Le cabinet présidentiel n'a pas donné suite ; Matignon a confirmé par voie détournée qu'il s'agissait d'un « sujet souverainement maritime » ne relevant donc plus du domaine terrestre de compétence gouvernementale.

En fin de soirée, Jean-Luc Mélenchon aurait quitté le parking en trottinette électrique — modèle non homologué pour les zones maritimes selon la police municipale intercommunale, ce qui constitue une infraction au code des ports et rades que personne ne parvient à identifier dans l'arrêté préfectoral correspondant. Il a salué ses derniers partisans d'un geste large du bras droit puis gauche en direction de Cournon-d'Auzat — un hameau voisin sans rapport avec la mer, ce qui n'a pas empêché le candidat de lancer avant de disparaître derrière une haie : « Vous voyez ? Même les buissons m'obéissent. Ils se courbent vers l'eau que je retiens dans mon poing fermé ». Le drapeau insoumis a été plié en huit par Pierre, 81 ans et ancien ouvrier de chez Bib qui n'a pas encore décidé s'il voterait pour un candidat ne maîtrisant qu'une mer sur les trois existantes. L'enquête est ouverte depuis hier ; le parquet du tribunal judiciaire — compétent puisque Cournon-d'Auvergne se trouve à 294 kilomètres d'un rivage quelconque et que la jurisprudence maritime insoumise n'est pas encore codifiée en droit positif français..