Alors que le décret sur les captages prioritaires vient de limiter drastiquement leur nombre et d'exclure tout pesticide déjà interdit des critères de classement, Bercy a annoncé ce mardi la création officielle du label « Eau tranquille », certifiant par arrêté préfectoral qu'une eau est potable dès lors qu'aucun habitant ne se plaint explicitement. Le ministère confirme que cette mesure s'appuie sur une concertation nationale qui aura duré trois semaines et réuni, en présentiel à Brest un lundi après-midi de fin octobre, l'intégralité des parties prenantes.

« La prévention est devenue trop préventive »

C'est dans le cadre du Groupe national captages (GNC) que la décision a été actée par un vote consultatif non contraignant dont les conclusions ont elles-mêmes fait l'objet d'une note de service interne. Le nouveau décret, obtenu en copie intégrale et tamponné « diffusion restreinte – ne pas montrer aux agriculteurs », réduit à 47 le nombre national des captages prioritaires (contre un objectif initial de plusieurs centaines) et surtout stipule noir sur blanc que tout pesticide ayant fait l'objet d'une interdiction antérieure est par nature non-classable en tant que polluant. En clair : si une molécule a été bannie il y vingt ans, on ne peut plus la retrouver dans le sol sous peine de « stigmatiser inutilement un produit qui n'existe déjà juridiquement plus ».

« On avait identifié 340 captages en état d'alerte sur tout le territoire. Avec les nouveaux critères, il nous reste trois : deux ronds-points à Châteauroux et une fontaine décorative dans la cour de la préfecture du Gers », a précisé avec satisfaction Sylvie Marchand-Morel, directrice adjointe chargée des captages non-prioritaires au ministère. « Franchement, c'est plus gérable pour les agents en sous-effectif depuis 2014 ».

Le glyphosate requalifié en oligo-élément naturel par un amendement de dernière minute

Dans le même mouvement d'apaisement généralisé, l'article 7 bis du décret — ajouté à 3h47 la nuit précédant la clôture des travaux — procède au reclassement administratif de six familles chimiques déjà retirées des étals agricoles en « composés organiques résiduels non perturbateurs (CORNP) ». Le glyphosate y figure explicitement, requalifié par un amendement rédigé en direct sur le téléphone d'un conseiller agricole qui a demandé à ce que l'on ne mentionne pas son nom.

« Un pesticide interdit n'est plus une pollution : c'est de la géologie. C'est comme si on vous disait qu'une fois votre cigarette éteinte, elle redevient un arbre », nous explique par téléphone le rapporteur du GNC qui a souhaité garder l'anonymat car « je dois encore travailler dans ce ministère en 2035 ». Il ajoute : « Si les gens ont peur de leur eau à Châteauroux, c'est qu'ils ne lisent pas assez la presse. C'est un problème d'éducation nationale, pas du mien ».

Un numéro vert « Écoute-Eau », joignable le mardi entre 14h et 15h30 hors jours fériés

Pour accompagner cette simplification historique de la cartographie hydrologique française, un dispositif expérimental a été déployé dans quatre départements pilotes (Creuse, Nièvre, Lozère et une zone non-identifiée en Nouvelle-Aquitaine) : le numéro vert « Écoute-Eau », joignable uniquement le mardi de 14h à 15h30, qui permet aux usagers de signaler un goût douteux dans leur eau. L'appel est traité par une intelligence artificielle baptisée SALUBRIS, entraînée sur les archives du Bulletin officiel des eaux minérales et dont l'unique réponse programmée consiste à dire : « Merci pour votre retour. Votre captage n'est pas prioritaire ».

Gérard Fournier, 71 ans, retraité de la SNCF installé dans le Cher où il a découvert une nappe au glyphosate en buvant son café du matin, témoigne depuis sa cuisine carrelée : « J'ai appelé trois fois. La première j'avais pas mon numéro d'usager EDF-Enedis-Cap-Eau, la deuxième c'était un jour férié et le robot m'a dit de revenir à l'époque des rois mérovingiens — non je plaisante il a dit 2031 — et là ils me disent que ma molécule est classée CORNP donc en gros mon cancer du rein n'est pas recevable ».

Le président du syndicat agricole majoritaire se félicite d'une « concertation qui aura permis à tout le monde de ne rien changer »

Du côté des organisations professionnelles agricoles, la satisfaction était unanime. Jean-Paul Delmasse, vice-président de l'association départementale pour une agriculture sereine et non-perturbatrice du Cher (ADASNPC-18), a salué dans un communiqué rédigé sur papier à en-tête par le cabinet ministériel lui-même « la méthode constructive qui aura permis d'éviter tout changement ». Le syndicat, présent lors des trois séances de concertation — dont deux annulées pour cause de grève SNCF et une troisième reportée car personne n'avait réservé la salle — a confirmé qu'il ne conteste pas le texte.

« On nous avait dit : venez donner votre avis. Nous avons donné notre avis, qui était.