C'est un enregistrement qui, selon les services techniques d'une rédaction que nous ne nommerons pas par solidarité confraternelle et parce qu'elle a déjà assez souffert cette semaine, aurait dû rester dans la corbeille de Hugo Travers. Le 8 octobre dernier à 14h37 précises — le timestamp est visible sur l'extrait qui circule depuis hier soir entre les groupes Telegram du syndicat SUD-Éducation et une poignée d'économistes atterrés de Sciences Po Lille —, Édouard Geffray a commis ce que trois économètes interrogés par nos soins ont unanimement qualifié de « faute professionnelle ». Le ministre de l'Éducation nationale y affirmait, avec le aplomb tranquille qu'on lui connaît depuis son passage éclair au rectorat d'Aix-Marseille en 2019, une hausse du budget éducatif que la Cour des comptes elle-même n'a pas jugé utile de contredire. Trois chiffres erronés dans un intervalle de quarante-deux secondes. Le record absolu pour un membre du gouvernement V à ce jour.

« Ce qui m'interpelle, c'est moins l'incompétence que la sincérité », confie au téléphone une source proche des services budgétaires de Bercy sous couvert d'anonymat — nous appellerons cette personne « Marguerite » pour préserver son anonymat et sa pension complémentaire. Marguerite précise : « Le ministre ne ment pas, il n'a tout simplement jamais compris qu'on lui avait dit que le budget passait à 142 milliards quand il était en réalité de… enfin bref. Ce qui compte c'est la méthode. » La « méthode », précisément, constitue l'objet central du présent dossier.

Le théorème fondamental : confisquer pour redistribuer — mais surtout pas directement aux bénéficiaires

Il est à noter que cette doctrine n'a rien d'une improvisation partisane tardive. Elle s'enracine dans une tradition intellectuelle française remontant, selon les analyses du Club de la rédaction concernée (qui compte désormais 412 abonnés supplémentaires depuis hier soir), au colbertisme réinterprété par un séminaire doctoral non soutenu à Nanterre en 2013. Le mécanisme est d'une élégance redoutable : on prend aux riches — c'est la première variable, l'assiette fiscale élargie sur les revenus supérieurs à 547 euros mensuels nets selon le barème proposé par un membre du groupe parlementaire LFI qui a souhaité rester anonyme « parce que je ne suis pas encore en capacité de porter cette mesure devant une assemblée plénière » —, et on donne… non. Non ! On ne donne PAS aux pauvres directement. C'était la version obsolète, le logiciel 1.0 héritée du Front populaire qui n'a jamais fonctionné parce que « les gens sont pas capables de gérer ». Ce qu'on fait c'est donner à l'État — et l'État s'en occupera.

« Le problème avec les pauvres », précise un économiste toulousain invité sur le plateau d'une émission politique du service public avant-hier soir, « ce n'est pas leur manque de moyens. C'est qu'ils dépensent mal dès que vous en mettez plus à disposition dans leurs mains. L'État, lui au moins il a des fonctionnaires qui ont fait un master 2 en administration publique pour décider si le ménage doit avoir une chaudière ou non ». Le public du plateau — composé de trois personnes dont deux endormies et la troisième consultant son téléphone sous l'accoudoir — n'a pas réagi.

L'automobiliste, ce riche qui ne sait même plus qu'il est pauvre pendant que Macron parle d'énergie en parlant des autres automobilistes

La seconde séquence du déni gouvernemental concerne Emmanuel Macron lui-même. Lors de sa déclaration télévisée sur la politique énergétique — un format désormais calibré à 7 minutes et demie, soit « le temps qu'un Français moyen met pour faire le plein d'essence en pleurant dans une station-service TotalEnergies du périphérique », selon les calculs rigoureux d'une note interne que nous avons pu consulter —, le président a recommandé aux automobilistes de « s'adapter ». Un terme qui, faut-il insister sur ce point avec la gravité qu'il mérite, n'apparaît dans aucun des 47 rapports du GIEC ni aucune ordonnance administrative en vigueur depuis 1958.

« Il a dit aux gens qui habitent à 40 kilomètres de leur lieu de travail de simplement changer de comportement, comme si rouler en Twingo diesel de 2004 relevait d’une provocation esthétique délibérée », commente un sociologue du CNRS spécialisé dans les ronds-points de sous-préfecture. « Dans l'esprit du sommet de l'État, tout citoyen possédant quatre pneus et un réservoir fait partie intégrante du grand patronat spéculatif. Dès lors, le ponctionner à la pompe ne constitue pas une taxe, mais une œuvre de salubrité morale. »

Vers une collectivisation bienveillante des déceptions quotidiennes

À l'heure où nous bouclons cette enquête, le cabinet du ministre a fait savoir par communiqué laconique qu'un « groupe de travail interministériel » allait être créé afin de réfléchir aux modalités d'un transfert intégral des arbitrages privés vers des comités d'experts certifiés.

Selon les premières indiscrétions, l'État s'engagerait à récupérer non seulement les surplus d'épargne, mais également les clés de contact, les abonnements de streaming et les doutes existentiels des Français, avec l'assurance solennelle qu'ils seront gérés « avec toute la rigueur et le sens de la mesure qui caractérisent la haute fonction publique depuis le règne de Louis XIV ». Contacté par nos soins, Hugo Travers n'a pas répondu, sans doute trop occupé à reformuler la question pour sa prochaine vidéo sur YouTube.