C'est désormais officiel : pour prétendre au revenu d'intégration sociale (le RSA belge), les habitants de Molenbeek-Saint-Jean ne peuvent plus se contenter de fournir des fiches de paie, trois factures impayées ou un avis du CPAS. Depuis lundi matin 9h précises, toute nouvelle demande doit impérativement être accompagnée d'une maquette audio originale (format WAV non compressé) dans laquelle le demandeur explique en chantant pourquoi il estime mériter une allocation pour subsister.
Une « démarche participative et décolonisée » validée par un arrêté communal de 47 pages
L'arrêté, signé conjointement par l'échevine des Affaires sociales (MR) et le président du conseil consultatif en charge de la dignité culturelle locale, a été présenté comme une mesure d'une « sobriété administrative absolue ». Concrètement : un formulaire Cerfa 4890-PRÉCA/26 à remplir au stylo bille bleu uniquement — les feutres étant jugés trop expressifs pour le contexte. Un QR code renvoie vers l'application DignitéApp, téléchargée par près de 3 millions d'utilisateurs en une semaine, qui impose un chronomètre interne : la performance ne doit pas dépasser 2 minutes et 40 secondes, sous peine que « votre situation sociale soit jugée trop théâtrale pour être authentique », précise le guide utilisateur. Les rejets administratifs ont bondi de +37 % en une semaine, principalement dus à des problèmes d'intonation.
Un jury composé du coordinateur CPAS et d'un stagiaire non rémunéré
Les maquettes sont ensuite écoutées par un « binôme pluriel » : le chargé de mission précarité (niveau B1) qui n'a jamais chanté devant plus de quatre personnes, ainsi qu'une personne en service civique chargée du repérage artistique. « On ne peut pas décemment distribuer des allocations sans s'assurer que la dignité a été correctement articulée », explique Marc-Emmanuel Vandenberghe (42 ans), coordinateur administratif au CPAS de Molenbeek, qui avoue avoir lui-même dû enregistrer une maquette en 2019 pour obtenir son CDI. « Il m'a fallu trois tentatives et un pont mélodique sur le refrain avant que la commission ne reconnaisse mon droit à toucher des allocations », se souvient-il avec l'émotion d'un homme ayant enfin prouvé sa précarité.
Les ex-collègues du centre d'appels désormais « témoins de référence obligatoires »
Le dossier doit également contenir trois attestations signées par d'ex-employés ou collègues actuels en call center (un métier-pilote officiellement reconnu comme antichambre à la dignité) qui confirment que le demandeur était « sincèrement précaire et non pas simplement dépressif ». La chanteuse Camille Yembe, dont l'histoire a inspiré cette réforme expérimentale — elle avait quitté un centre d'appels pour écrire des chansons sur son parcours familial compliqué avant sa percée en 2024 — s'est dite « flattée mais aussi très stressée à l'idée que tout le monde doive faire ce qu'elle fait sans avoir eu Stromae dans la boucle ». Elle a été nommée, par décret royal et « avec beaucoup de gêne », membre permanente du jury central d'évaluation.
En cas de refus : 6 mois minimum avant une nouvelle audition
Les candidats recalés — jugés « pas assez touchants sur le second couplet » ou ayant utilisé un autotune non déclaré à la préfecture sociale — n'ont plus droit au RSA pendant six semaines. Ils sont automatiquement réorientés vers les permanences gratuites du « Collectif des Voix Sans Maquette » (14 000 inscrits) qui, ironie de l'affaire, distribue... des bons alimentaires en attendant la prochaine session d'enregistrement collectif le samedi matin à la maison communale. Une nouvelle mesure est déjà dans les tuyaux : dès avril prochain, un test oral sur scène avec jury populaire sera obligatoire pour renouveler son dossier tous les trois mois.
« On aurait pu demander une facture EDF mais c'était trop simple »
C'est en tout cas l'argument avancé par le cabinet du ministre fédéral des Affaires sociales lors d'une conférence de presse où il a affirmé que « la précarité, ce n'est pas un chiffre sur papier : ça s'entend dans les silences entre deux notes » — une phrase reprise à 140 millions de reprises en trois jours. En attendant le bilan du dispositif expérimental prévu pour l'an prochain (avec possible généralisation nationale si l'échantillon atteint la note moyenne d'un C+), Molenbeek compte déjà 273 dossiers refusés « faute de justesse sur les aigus » et un dossier complet rejeté car « trop bien mixé, ce qui laissait supposer que le demandeur avait en réalité des revenus confortables cachés ailleurs ».




