Lyon (Rhône) — L'arrêté préfectoral n°2025-DRAC47/318, signé le 6 novembre dernier par la préfecture du Rhône « après concertation informelle avec trois stagiaires de l'école des beaux-arts et un conseiller en médiation culturelle qui mangeait son sandwich au comptoir », a fait effet une bombe bureaucratique dans les couloirs lambrissés de Bourse du travail. Nadia, 31 ans, agente de surveillance depuis six ans à la Biennale de Lyon — manifestation dont le thème officiel était cette année « Passer d'un rêve à l'autre » — et Fatima, sa collègue CDD en contrat renouvelé pour la neuvième fois consécutive (soit un total cumulé de 14 mois sur les six dernières années), ont donc été requalifiées par voie administrative : elles ne sont plus des « agents d'accueil du public » mais désormais artistes plasticiennes produisant une œuvre conceptuelle intitulée L'Absence qui Veille (2025, technique mixte — absence de surveillance sur site 3 et site 7). Leur grève surprise a donc produit un résultat inattendu : les deux femmes ont fait « passer le visiteur d'un rêve à l'autre » en lui montrant que sans vigile pour dire « on ne touche pas », il peut toucher. Le geste est, selon la note de service interne n°4128 consultée par Mediapart, « parfaitement conforme au cahier des charges curatorial du projet artistique globalisé ». Les deux femmes ont appris leur requalification en lisant un courriel automatique envoyé à l'adresse surveillance.site3@biennelyon.fr : « Chers artistes associés — vous êtes conviés·es à finaliser votre dossier d'inscription pédagogique pour la rentrée de janvier 2026. Merci de joindre vos relevés CDD des six dernières années en guise de curriculum vitae artistique et une lettre manuscrite expliquant le geste initial (1 page, format A4 minimum). »
« On a arrêté de bosser comme tout le monde : c'est pas du Duchamp, c'est un mardi matin avec 3 euros de moins sur la fiche de paie », explique Fatima en remuant sa cigarette devant les marches bétonnées de l'école des beaux-arts qui n'a toujours pas d'ascenseur
Fatima refuse catégoriquement qu'on lui dise que son absence au poste est « une performance ». On a arrêté de bosser comme tout le monde : c'est pas du Duchamp, c'est un mardi matin avec 3 euros de moins sur la fiche de paie, lâche-t-elle devant les caméras. Nadia, elle, se montre plus fataliste en triant ses papiers d'inscription dans une enveloppe kraft jaunie par six ans d'affichage mural : J'ai rempli le Cerfa n°17-B trois fois parce que la troisième case me demandait de lister mes « influences esthétiques majeures ». J'ai mis.




