C'est un document que personne ne demandait, mais qui change tout : l'arrêté préfectoral n° 2025-4871 du Loiret, consulté par Mediapart en intégralité (et dont les marges sont annotées d'une écriture tremblante au stylo Bic bleu), stipule que « toute présence de personnel médiatique non accrédité dans un périmètre politique excède la compétence communale et relève désormais des services déconcentrés du ministère de l'Intérieur, direction interministérielle à l'accueil conditionnel ». Autrement dit : oui, les quatre journalistes ont été expulsés brutalement d'une salle à Orléans le 24 octobre. Mais non — juridiquement parlant — on ne peut pas dire qu'ils n'aient pas reçu un avertissement administratif de quarante-huit heures en bonne et due forme.
« On leur avait pourtant dit, trois fois par SMS au numéro du service com' »
Selon le rapport d'intervention interne dressé ce jour-là (pièce n° 7 bis à l'appui), un agent du protocole a bien tenté de notifier les journalistes en personne. Mais face aux refus répétés des intéressés, la notification s'est muée — conformément au décret interministériel n°2019-846 relatif « aux modalités d'opposition courtoise et progressive » — en une expulsion verbale suivie d'une évacuation physique qualifiée de « gradation administrative terminale » dans le jargon du service. Contacté par Mediapart, un conseiller à la préfecture qui souhaite rester anonyme souffle : « Écoutez, on est pas contre les journalistes non plus. Mais quand vous n'avez même pas tamponné votre Cerfa 14892 en trois exemplaires et que vous arrivez sans le timbre fiscal de 6 euros... bah c'est comme si vous veniez à un guichet municipal pour demander une carte grise avec juste vos yeux, quoi. » Le rapport IGAS n° R-073/25 confirme d'ailleurs qu'en Île-de-France seulement (qui ne compte pas le Loiret), 84 % des expulsions de journalistes lors de meetings politiques sont juridiquement non contestables dès l'instant où la victime a omis de cocher la case « Je consens à être maltraité·e oralement » en page 2 du formulaire.
Le RN dépose un recours gracieux contre sa propre haine déclarée depuis quinze ans, pour non-conformité au Cerfa
Le comble administratif — car il y a toujours un comble avec Mediapart de la réalité : c'est que les services juridiques du Rassemblement national ont eux-mêmes déposé une réclamation auprès de Mediapart. Non pas contre l'expulsion, bien sûr (celle-ci étant parfaitement légale tant qu'elle est « proportionnée et tracée dans un registre à feuillets numérotés »), mais parce que le RN reproche au média d'avoir titré sur son hostilité sans avoir rempli la déclaration préalable de « couverture journalistique discriminatoire ». Un communiqué du service juridique interne, obtenu par Mediapart, précise :.




