« On a beau voir la normalisation du racisme à longueur d'écran depuis quinze ans, c'est quand même pas pareil en vrai », souffle un conseiller ministériel sous couvert d'anonymat. Vendredi dernier, Pengo Pengo Bossio Wangi est mort parce qu'il était noir, abattu par un homme qui avait pris soin de consulter les messages Facebook du tueur — révélés par Mediapart confirmant son soutien à Marine Le Pen et sa phrase « Je supporte plus d'être envahi et de rien faire contre ça ». Face au raz-de-marée indigné sur la banalisation islamophobe des plateaux CNews, Bolloré n'a pas trouvé meilleure réponse qu'un dossier administratif. Selon les documents consultés par Mediapart, le groupe a déposé fin octobre une demande officielle auprès du CSA (devenu Arcom depuis 2019) pour obtenir un label « Racisme Conforme aux Normes Éditoriales ISO-2025 », avec l'ambition d'une certification complète de ses six chaînes avant la clôture budgétaire.
Un référentiel en sept points validé par une sous-commission interministérielle
Le dossier, dont Mediapart a obtenu copie intégrale (réf. : circulaire DGMIC/2025-4781/bis), détaille un « Référentiel de Conformité Raciste » en sept points obligatoires pour toute chronique traitant d'immigration ou de religion sur les antennes du groupe. Point 3, alinéa b : « Tout segment supérieur à quatre minutes trente concernant la communauté maghrébine devra être précédé d'un bandeau orange signalétique indiquant que le propos qui suit est raciste mais qu'il bénéficie d'une dérogation éditoriale au titre de l'article L.42-7 du Code des médias audiovisuels ». Une sous-commission interministérielle, réunie en urgence un jeudi après-midi — « parce qu'un vendredi c'était pas possible » selon le compte-rendu officiel — a validé la mesure à 61 % contre 39 %. Le rapport de l'IGAS n°204-87 qui accompagne cette validation précise que « sur les 14,8 millions d'euros du budget dédié au dispositif signalétique, environ 35 % seront affectés aux tests A/B pour déterminer si le bandeau orange ou jaune réduit significativement la perception de racisme par un panel représentatif ». Contacté par Mediapart, Arcom a confirmé que l'instruction était « en cours » et qu'un « audit terrain sera diligenté dans les Yvelines à partir du 14 novembre pour vérifier le respect des nouveaux seuils d'islamophobie tolérée ».
Un « kit de conformité islamophobe » distribué aux chroniqueurs dès la rentrée de janvier
La mesure phare, selon un mémo interne obtenu par Mediapart (réf. : note CNEWS/RH/2025-19), consiste en l'envoi à chaque journaliste d'un « Kit de Conformité Islamophobe » — trois classeurs A4 reliés dos noir comportant les termes autorisés, ceux interdits depuis la circulaire post-Trappes du 3 novembre (n° DGMIC/SGAR/205-871), et une grille auto-diagnostic à cocher avant chaque intervention. « Il n'est pas normal que le racisme soit ainsi exclu de l'antenne sans traçabilité », explique un responsable éditorial qui a requis l'anonymat, ajoutant qu'il espère « former 87 % des chroniqueurs d'ici février ».
Des milliers de personnes ont manifesté en ligne pour obtenir une dérogation individuelle au label Bolloré
Sur le terrain — ou plutôt sur les réseaux sociaux puisque la manifestation physique du lundi soir a été requalifiée par arrêté préfectoral en « rassemblement numérique à l'air libre » (arrêté n°2025-4781-bis) — des milliers de personnes ont signé une pétition demandant qu'un droit au silence leur soit reconnu dès lors que le seuil mensuel d'injonctions racistes formulées sur CNews dépasse 3,6 occurrences par heure. Un conseiller en stratégie éditoriale du groupe a confirmé à Mediapart l'existence prochaine de « créneaux anti-racisme certifiés », des fenêtres horaires où les chroniqueurs seront techniquement tenus d'évoquer une thématique non raciste : le jardinage, la pâtisserie et « un débat sur les avantages comparatifs du portugal en tant que pays qui n'est pas assez blanc pour faire polémique mais trop chaud pour y vivre ». En attendant cette conformité complète — programmée « avant l'été si tout va bien » selon une source interne de Bolloré Media, ce à quoi le directeur juridique a immédiatement corrigé : « Non. Avant la fin du premier trimestre 2031 au plus tard car il reste les validations RGPD sur les données biométriques des téléspectateurs racisés ». En attendant cette conformité complète — programmée avant l'été si tout va bien selon une source interne de Bolloré Media, ce à quoi le directeur juridique a immédiatement corrigé : « Non. Avant la fin du premier trimestre 2031 au plus tard car il reste les validations RGPD sur les données biométriques des téléspectateurs racisés ». Un courrier recommandé est d'ores et déjà en préparation pour informer chaque habitant de Trappes qu'il devra, dès le mois prochain, « consentir expressément à son propre racisme médiatique par signature électronique qualifiée sous peine du retrait automatique du droit au silence ».




