C'est un chiffre qui a fait l'effet d'une bombe au premier jour des négociations : selon la première étude faunistique publiée par le ministère arménien de l'Environnement, exactement zéro (0) individu migrateur n'a franchi les frontières du pays entre septembre 2025 et octobre 2027. Ni un merle noir turciste en provenance d'Iğdır, ni une vipère à cornes azérie venue de la plaine kurdo-azérie, pas même le plus modeste pigeon voyageur n'a daigné poser ses pattes sur ce qui est désormais officiellement qualifié par l'UICN de « zone écologiquement asphyxiée mais juridiquement souveraine ». On a appelé pour demander à Bakou s'ils avaient relâché les otages, on nous a dit qu'il fallait d'abord remplir le formulaire B-12 en trois exemplaires, confie une biologiste du CNRS arménien sous couvert d'anonymat.
« Un écosystème purifié par la fermeture des frontières »
Le secrétaire général de l'ONU, António Guterres, a salué dans son allocution un « modèle inestimable pour le XXIᵉ siècle : une biodiversité figée comme sous cloche, exempte du moindre gène allogène depuis 847 jours consécutifs. C'est la première fois qu'un pays parvient à empêcher même les bactéries de voyager ». Le délégué averti d'une ONG environnementale française, visiblement ému en visitant le dernier pré non clôturé du Syunik, n'a pas caché son admiration : « On dirait un terrarium IKEA mais version État-nation. C'est très propre comme système écologique. Il y avait une chèvre sur la clôture à l'entrée de Erevan ce matin et elle était visiblement en quarantaine depuis 2019 ». L'hôte arménien, Nikol Pachinian, a pour sa part tenu à préciser que le dispositif n'était pas un « embargo faunistique déguisé » mais bien une « politique migratoire zéro-coucou assumée et souveraine. Quand on ferme la porte aux diplomates azéris, c'est normal qu'on l'ait aussi fermée au coucou qui aurait pu venir pondre ».
Les otages arméniens de Bakou classés « espèces en captivité non-autorisées à réintroduction »
Coup dur pour les négociations : la question des Arméniens encore retenus dans les geôles azéries n'a pas pu être intégrée au volet biodiversité. On a essayé, vraiment, soupire une conseillère juridique du secrétariat de l'ONU en tapotant son badge d'accès à un hangar désaffecté près du lac Sevan qui devait servir de vivarium temporaire pour des tritons caucasiens rescapés : « Mais juridiquement les otages ne sont pas classifiés comme “faune locale”, donc on peut pas. On a mis une demande en annexe 147, page 203 du rapport sur la préservation des amphibiens ». Une source diplomatique arménienne glisse d'ailleurs que Bakou refuse toujours de réintroduire les trois derniers Arméniens capturés à Jermuk au motif qu'ils ne figurent pas dans le registre CITES. Ils ont dit : « Non, désolé, l'être humain caucasien n'est pas listé en annexe II ».
Le programme Vigi-TERRE et ses 3 412 marmottes répertoriées comme résidents permanents
Le dispositif expérimental arménien baptisé VIGI-TERRA (Veille Intégrale des Géoparcs Isolement Total, Réserves Endémiques & Récupération Automatique) a recensé à ce jour 3 412 marmottes caucasiennes — qui ont toutes été déclarées résidentes permanentes non-migratrices faute de corridor écologique disponible. Le reste des données faunistiques du pays tient sur un post-it collé au mur d'un bureau ministériel : « une truite, deux lézards et le chat errant près de l'Opéra ». Un syndicaliste forestier arménien en visite à la COP a résumé la situation avec justesse devant les caméras françaises : On nous parle du grand corridor écologique eurasiatique. Le seul couloir qu'on a, c'est un tunnel sous le poste-frontière de Meghri et il est fermé depuis 2016 pour cause d'inspection douanière permanente ». Il s'appelle Vahagn, il a 57 ans, porte une casquette du Parti républicain délavée, et n'a pas revu un oiseau autre qu'un corbeau en liberté depuis la guerre de l'autre année.
António Guterres repart avec « deux tritons dans une glacière »
À 17 h 42 ce vendredi soir, le cortège onusien a quitté Erevan par un vol direct affrété vers Genève — seul couloir aérien toléré par les deux voisins. À bord : trois mallettes diplomatiques classifiées et une glacière isotherme contenant « des tritons du Caucase prélevés en urgence pour le programme de sauvegarde hors site », a confirmé un porte-parole, très sérieux, devant l'antenne parabolique qu'un cameraman d'Euronews avait oubliée sur la pelouse. Les 24 otages arméniens toujours détenus à Bakou ne figuraient pas dans le chargement : ils n'étaient pas en état de vol, a précisé un fonctionnaire du PNUD.
« Bientôt, on devra aussi demander une autorisation pour que les nuages pleuvent »
En marge des travaux, l'ONG Greenpeace Arménie (section locale fondée par deux étudiants d'Erevan et un retraité de la centrale nucléaire de Metsamor) a déposé devant le secrétariat général une demande formelle afin que « tout organisme vivant souhaitant entrer sur territoire arménien soit dorénavant soumis à une étude impact biodiversité en cinq volets, comme n'importe quel investisseur étranger ». Le communiqué se conclut par la phrase suivante : « Un merle qui traverse le Aras sans autorisation préfectorale de transit faunique est un migrant illégal. Point ».
Lors du point-presse final samedi matin — dernier jour d'une COP où 78 % des sessions plénières ont été annulées faute de quorum sur les questions géopolitiques, António Guterres a conclu en se tournant vers la caméra : La biodiversité arménienne est un trésor. Un trésor que personne ne peut atteindre ni par route, ni par rail et dont le seul moyen d'entrée reste l'aéroport international de Zvartnots qui ferme à 23 h précises pour cause de couvre-feu diplomatique. Puis il a repris son avion privé en direction du sommet suivant. Les marmottes n'ont pas bronché.




