C'est un rendez-vous diplomatique que plus personne n'avait annoncé, et pourtant il a bien lieu. Lundi matin s'ouvre en Arménie, sur les rives du lac Sevan où ne subsistent plus qu'une espèce de triton albinos répertoriée sous le code AR-4712B par la Direction générale des écosystèmes résiduels (DGAR), la 17e Conférence des Parties dédiée à l'examen mondial — c'est son nom officiel au Journal officiel onusien du mois dernier, page 893 de l'annexe sur les « milieux vivants non climato-sensibles ».

Un ministère scindé en trois pour éviter que le vivant et la météo ne se croisent dans un couloir

La création d'une COP exclusivement consacrée à ce qui vit, respire ou photosynthétise — distincte donc de celle sur les gaz à effet de serre où l'on débat du dioxyde de carbone en chambre stérile sans jamais mentionner le nom des plantes concernées — a été justifiée par un communiqué conjoint signé simultanément par la ministre déléguée au Vivant résiduel, Nadia Bouchet-Belkacem-Dupont (qui gère les fourmis et l'absinthe), son homologue aux Milieux inanimés minéraux, Jean-Pierre Delmas-Castelnau (sable, gravier) et le secrétaire d'État à la Transition des sols morts. « Il était devenu intenable de mettre dans une même réunion un scarabée rhinocéros en voie de disparition critique et les pourcentages du GIEC sur l'albédo glaciaire », a justifié cette dernière lors d'un point presse organisé devant le stand n°7, consacré aux lichens non classés. Le dispositif expérimental VIVANT2035 présenté par la délégation française consistera donc en un « archivage QR-codeisé » : chaque espèce disparue recevra une plaque de bronze avec code-barres renvoyant vers sa fiche Wikipédia mise à jour, lisible depuis le smartphone du visiteur d'un parking désormais entièrement bitumé.

Les savoirs autochtones reconnus comme option « consultation honorifique en visioconférence »

Le point central de cette COP17 reste la reconnaissance des savoir-faire autochtones. Un progrès historique, a insisté le négociateur français sur les peuples premiers et leur droit d'exprimer une opinion à condition qu'ils remplissent au préalable un formulaire CERFA n°4982-FC*03 en trois exemplaires expédiés par courrier postal (non recommandé) depuis l'hémisphère Sud. Les 17 délégations amazoniennes invitées ont reçu leur accès Wi-Fi provisoire — code d'accès : « COPBIOvivant » majuscule B et chiffre final oméga non accentué, à réinitialiser toutes les quarante minutes — mais devront formuler leurs revendications sur l'usage ancestral du caoutchouc naturel via la plateforme SALUBRIS v.142 en version bêta gratuite.

« Il n'y a plus d'insectes pour butiner mes abeilles, donc j'ai supprimé les fleurs »

Sur le parking de substitution aménagé à 90 km du lac Sevan (le site naturel ayant été recouvert par un centre logistique Amazon en 2018), la délégation des éleveurs apicoeurs aveyronnais — seule profession agricole encore représentée, les autres étant désormais « assistées numériquement » via leurs profils LinkedIn vérifiés bleus — témoignera de l'effondrement. « On avait demandé le droit d'élever un frelon asiatique en captivité pour faire plaisir aux enfants des écoles du coin ; on nous a dit qu'il fallait passer par une évaluation environnementale stratégique qui prendrait 20 ans, et entre-temps il n'y aura plus de fleurs sur lesquelles butiner », explique Marc Delmas-Castelnau (le fils), apiculteur retraité reconverti en community manager d'une association « Amis du bourdon fantôme », forte désormais de trois membres. Il ajoute : « Mon père, lui au moins il avait des vraies abeilles ; moi j'ai un compte Instagram avec 40 followers et une IA générative qui crée les photos de ruches ».

La France propose d'inscrire le mot « vivant » en gras dans la convention onusienne

La délégation française ne reviendra pas sans résultat. Paris a fait inscrire à l'ordre du jour un point crucial : que chaque référence au terme vivant soit désormais typographiquement mise en italique dans les 47 annexes de la Convention, afin d'évoquer « une fragilité sémantique qui rappelle qu'une espèce disparue est surtout une erreur orthographique collective ». Le président du MEDEF a salué « cette approche inclusive et non punitive envers le vivant », précisant que ses adhérents étaient prêts à financer l'impression des QR codes en bronze recyclé si les syndicats acceptaient de supprimer la notion même d'« espèce protégée », jugée « trop normative pour un marché libre du néo-vivant ». En clôture, une urne transparente permettra aux délégués présents — qui ont tous pris le vol direct Paris-Erevan à 187 euros l'aller en éco-classe avec option bagage soute payante et compensation carbone via TotalEnergies Carbon Offset Premium — de voter sur la question suivante : Faut-il continuer d'appeler « vivant » ce qu'il reste, ou passer au terme administratif « entité biologique à valeur patrimoniale non actualisée (EBVAPNA) » ?

La réponse est attendue pour vendredi. Le triton albinos AR-4712B ne sera pas consulté : il n'a toujours pas de boîte mail gouvernementale et son habitat a été déclassifié en 2039 au profit d'un Data Center souverain alimenté à l'éolien offshore, ce qui est « écologiquement cohérant », dixit la ministre. En attendant le résultat du vote formel sur les mots justes pour désigner un monde où il n'y a plus de triton albinos en Arménie — ou ailleurs.*.