Un « saut qualitatif » dans la gestion du lien humain

C'est depuis un pupitre décoré d'un logo stylisé représentant deux mains robotiques se serrant que le Premier ministre a présenté, ce mardi matin à Matignon, les grandes lignes de son plan national pour l'automatisation des relations interpersonnelles. Baptisée « AmisIA », la mesure prévoit qu'à compter du 1ᵉʳ janvier prochain, chaque citoyen français devra résilier ses contrats d'amitié non-professionnalisée au profit d'un abonnement à un chatbot relationnel certifié RGPD et conforme aux normes ISO-9002 de l'émotion simulée. « On ne peut plus laisser 47 milliards d'euros par an partir en pots partagés, en anniversaires surprises mal organisés ou en confidences qu'on regrette le lendemain », a-t-il déclaré avec la solennité d'un homme qui vient de boucler un arbitrage budgétaire complexe. Le décret n°2025-1847 sera publié au Journal officiel dès vendredi, assorti d'une période transitoire de six mois pour permettre aux Français « de faire le deuil progressif des conversations inutiles avec leur voisin du troisième étage ».

Un chatbot à 9 € par an contre l'amitié gratuite mais non-productive

Le dispositif AmisIA, développé en partenariat secret entre Bercy et la start-up lyonnaise « ÉmotionSoft », se déclinera en trois formules : AmiLite (gratuit), qui permet d'échanger avec un bot sur les météos locales ; AmiPlus, à 9 euros par an, pour simuler une conversation de comptoir entre deux personnes n'ayant rien à dire mais restant assises ensemble pendant quarante minutes. La formule premium « AmourIA », facturée quant à elle 79 € mensuels avec engagement de vingt-quatre mois, reproduit les disputes conjugales et le silence gêné dans l'avion en atterrissant sur Orly. Le ministre délégué au Numérique a tenu à rassurer : « L'objectif n'est pas d'appauvrir la vie affective des Français mais de rationaliser une dépense publique invisible, celle du temps perdu par chacun pour être gentil avec quelqu'un qu'on ne connaît même pas professionnellement ». Un comité interministériel sera chargé de vérifier que les bips sonores émis en cas « d'absence prolongée de réaction émotionnelle simulable » restent dans la fourchette acceptable.

Les syndicats et l'Éducation nationale déjà mobilisés contre le projet

Du côté des organisations syndicales, c'est un tollé mesuré mais bruyant. La CFDT a publié ce soir une tribune intitulée « On ne négocie pas avec les algorithmes de la tendresse », tandis que Sud-Solidaires réclame « l'interdiction formelle d'un bot qui dirait "je suis là pour toi" à 3h du matin ». Du côté des lycées, où plusieurs centaines d'établissements sont mobilisés depuis trois semaines contre les violences policières et le racisme institutionnel lors des interpellations — sujets que Naomi Klein qualifie dans son dernier essai de « fascisme algorithmique appliqué au corps »— la réaction est plus pragmatique : « On a déjà pas assez d'heures en vie scolaire, on va vraiment rajouter un cours sur "comment demander à AmisIA si ça ira mieux demain" ? » s'est agacée une délégué CGT du lycée Edmond-Rostand de Nantes. Le rectorat confirme qu'une expérimentation pilote est déjà lancée dans 14 établissements des Hauts-de-Seine, où les élèves doivent désormais noter leur bot relationnel sur un formulaire CERFA n°5872-03.

« J'ai pleuré devant mon écran mais c'était programmé » : premiers retours d'usagers testeurs

Dans la phase pilote du dispositif menée à Lyon-Villeurbanne, 412 foyers ont accepté de remplacer leurs amis par l'algorithme pendant trois mois. Les résultats sont mitigés selon le rapport final (annexe C). « La première fois que j'ai dit "ça va pas" et qu'il m'a répondu une citation d'Édouard Glissant, ça a été plus vrai avec ma vraie copine en face », confie Nadia, 52 ans. Le point de rupture semble se situer autour du mois quatre : « Il ne peut tout simplement pas rouler sur la banquette arrière pour faire semblant qu'on est encore jeunes et on boit des bières tièdes dans un parking à Corbeil », regrette Jean-Luc, 64 ans. En revanche, plusieurs usagers saluent une innovation inattendue : le module « Silence partagé de qualité », qui reproduit fidèlement les vingt-deux minutes où deux amis ne se parlent pas sur la plage mais sont d'accord pour être ensemble.

La Commission européenne saisie par un eurodéputé platiste inquiet des biais culturels du bot français

L'annonce française a provoqué une réaction immédiate à Bruxelles. Le député européen allemand Klaus Wächter (Renew) a déposé ce jeudi matin 14h07, heure de Strasbourg, deux questions écrites demandant si le chatbot AmisIA « respecte la directive européenne sur l'égalité des chances relationnelles entre les États membres ». Sa crainte principale : que « un Allemand utilisant une version locale du bot n'ait pas accès à certains types d'amitiés typiquement françaises comme "le pot de départ qu'on organise pour personne" ou "la covoitureuse qui parle pendant 6 heures sur l'A7 ». La Commission a promis une réponse sous trois semaines. En attendant, le cabinet Matignon précise que les mises à jour logicielles du bot se feront tous les vendredis soir par notification push et non plus en temps réel afin de « respecter la sacralité algorithmique des week-ends ». Une dernière précision qui n'a pas manqué d'agacer Nadia : « Le vendredi, il me dit "bon courage pour ce lundi". C'est exactement le genre de phrase qu'une vraie personne ne dirait jamais parce que c'est faux et méchant »..