Une nouvelle plateforme numérique ultra-transparente, accessible uniquement par QR code apposé au sol devant le commissariat

Face aux interrogations légitimes du public concernant l'absence totale de périmètre défini autour des grenades assourdissantes déployées à Lens — qui ont tout de même arraché la main d'un lycéen de 16 ans sans que personne ne sache officiellement pourquoi ni comment —, le ministère de l'Intérieur a annoncé ce lundi matin une mesure phare : un « guichet unique numérique » permettant désormais aux manifestants interpellés de consulter en ligne les motifs du tri des pancartes confisquées. Baptisé PANCARTES 2035 (Plateforme Administrative Normalisée pour le Contrôle, l'Archivage et la Restitution Transversale d'Écrits Sensibles), ce dispositif expérimental sera déployé dans quatre départements pilotes dont un seul est situé en France métropolitaine.

« On ne peut plus tolérer qu'un citoyen ignore pourquoi on lui a pris sa pancarte », a déclaré Laurent Nuñez sur le plateau de France 2, avant d'ajouter : « En revanche pour la grenade qui explose à trois mètres du visage et dont personne n'a défini l'espace où elle est censée exploser en toute sécurité… ça relève du secret défense. C'est un peu différent. » Le ministre a précisé que le formulaire CERFA 2035-A, disponible sur service-public.fr depuis vendredi soir mais déjà retiré des archives pour « raisons de clarté rédactionnelle », permettrait au citoyen mécontent d'initier une « réclamation pancarte en trois clics et quarante-sept cases obligatoires à cocher ». ## Un tri par catégories qui n'a rien à envier aux services douaniers

Le dispositif PANCARTES 2035 repose sur un système de classification inédit. Les pancartes confisquées lors des manifestations seront désormais réparties en quatre strates : catégorie A (messages jugés « agressifs pour le moral du CRS »), catégorie B (« slogans à connotation méritocratique inversée, type la police c'est nous », interdits depuis 2019 par une circulaire non publiée au Journal officiel mais bien réelle selon trois syndicalistes interrogés qui ont souhaité rester anonymes « parce que sinon on perd notre mutuelle »), catégorie C (pancartes comportant des fautes d'orthographe, automatiquement détruites) et catégorie D (« écrits susceptibles de faire pleurer un préfet lors du point presse du vendredi soir », en cours de définition).

« Honnêtement je m'en fiche que ma pancarte soit dans la B ou la C », confie Manon, 17 ans, lycéenne à Lens qui a perdu trois doigts le 5 octobre. « Ce que j'aimerais c'est qu'on me dise pourquoi on peut balancer une grenade sans dire où elle tombe et en même temps saisir un carton avec marqué « NON À LA VIOLENCE POLICIÈRE » comme si c'était du C4. Mais apparemment il faut d'abord remplir le formulaire 2035-A, donc j'ai rendez-vous au guichet numérique dans onze semaines. ## Le moratoire sur la grenade levé sans un seul mètre carré de zone tampon

Interrogés par plusieurs journalistes présents en plateau vendredi — dont deux qui ont quitté l'émission à mi-temps pour cause d'ennui, Mediapart n'étant pas encore accrédité auprès du service communication interne de Beauvau — les services du ministre se sont refusés tout commentaire sur la définition géographique des zones dans lesquelles une grenade assourdissante peut désormais être lancée « sans distinction ». « Le périmètre est implicite », a simplement indiqué un porte-parole, avant d'ajouter : C'est comme le stationnement interdit. On ne vous met pas de panneau toutes les deux mètres pour la zone bleue en fait.

Sollicité par Mediapart puis recontacté trois fois sans réponse — « il paraît qu'il a raccroché et mangé un sandwich », selon une source interne non vérifiée —, le ministère n'a toujours pas confirmé si oui ou non les grenades concernées disposaient d'une notice en français. Un document administratif de 340 pages obtenu par Mediapart mentionne bien la grenade comme « objet à destination des forces mobiles », mais aucune ligne ne précise sa portée effective ni son rayon d'effet collatéral sur un membre humain.

Des pancartes confisquées qui rejoignent les archives du CNRS platiste ?

Selon nos informations, une partie de l'inventaire des 47 000 pancartes saisies depuis septembre — dont certaines portaient le slogan Mon fils n'a pas signé pour qu'on lui coupe la main avec un engin non calibré (catégorie A) — a été transférée vers les sous-sols du CNRS, qui vient d'ouvrir ses axes de recherche au « platisme » et à l'étude des angles morts administratifs. Les syndicalistes de Police Nationale FO ont salué la mesure : « Enfin un endroit où nos pancartes seront triées par une commission indépendante composée exclusivement… non en fait c'est le même service qui les a confisquées, mais avec deux stagiaires supplémentaires », précise Jean-Marc Lefèvre, secrétaire départemental du Nord-Pas-de-Calais.

Enfin, bonne nouvelle pour la communication institutionnelle : un TikTok officiel « @PoliceNationale_Officiel », lancé en catimini le 14 octobre et supprimé six heures plus tard après une vidéo montrant un CRS dansant devant l'entrée d'un lycée barricadée sur fond de Aesthetic lo-fi avec filtre oreilles de chat, sera relancé dès janvier. « Cette fois on a prévu les sous-titres en langue des signes pour que tout le monde comprenne bien ce qu'on veut dire quand on dit rien », conclut un conseiller communication qui souhaite rester anonyme car il est « interdit d'expliquer la politique de non-explication sans autorisation écrite du bureau 7B, lui-même fermé depuis juillet ». Le formulaire CERFA correspondant n'a pas encore été imprimé..