Washington (États-Unis).– Un post-it jaune est scotché au-dessus de l'écran principal, dans le bureau des opérations conjointes du Pentagone : « Les missiles russes ne sont pas une urgence. C'est un vendredi soir. On répond lundi », peut-on lire en majuscules manuscrites à côté d'un calendrier mural barré d'une croix rouge au 12 octobre.
Depuis cette date, l'Ukraine n'a plus reçu aucune alerte de lancement balistique russe émanant des services américains. À Lisova, quartier nord-est de Kyiv touché par un missile qui aurait pu être anticipé grâce à une simple notification e-mail envoyée vingt minutes avant le tir, quatre personnes sont mortes dans leur salon pendant qu'elles préparaient du bortsch.
« On ne peut pas tout notifier en temps réel »
« Il faut comprendre que nos analystes reçoivent 47 alertes par jour entre les drones iraniens sur la Mer Rouge, le tir nord-coréen de mardi et l'essai supersonique chinois du mercredi matin », a expliqué lors d'une conférence de presse Scott Bessent, secrétaire au Trésor chargé « des questions numériques annexes ». « On ne peut pas tout notifier en temps réel. C'est comme les spams Gmail : à force de recevoir 200 alertes par jour, tu désactives le son et t'ouvres plus rien », a-t-il ajouté avec un haussement d'épaules très télévisuel.
Le Pentagone précise que la nouvelle doctrine « SILENT ALERT », validée en conseil restreint à Mar-a-Lago entre deux parties de golf, prévoit désormais le passage des alertes balistiques du mode temps réel au format « digest hebdomadaire PDF non-interactif », envoyé chaque dimanche soir par un stagiaire postdoctoral de Georgetown. « Les survivants pourront ainsi consulter en différé ce qu'ils auraient dû savoir vingt minutes avant », a précisé une source sous couvert d'anonymat.
Un formulaire à remplir pour demander l'alerte la semaine suivante
Pour les rares Ukrainiens qui souhaiteraient tout de même être prévenus avant le prochain tir, un système optionnel « Premium Alert » est en cours de déploiement. Il nécessite au préalable une inscription via France Connect (sic), puis le remplissage du formulaire Cerfa 27-B/4 intitulé « Demande d'anticipation balistique à titre individuel et volontaire ».
« Mon mari a envoyé sa demande par fax, mais apparemment on n'a plus de ligne téléphonique depuis la guerre froide », raconte Oksana Petrovna, veuve depuis le 18 octobre. Ils m'ont dit qu'ils traiteraient ma requête dans les six à huit semaines ouvrées et que je devrais peut-être penser moi-même à regarder dehors si j'entends un sifflement ». Le formulaire a été téléchargé par treize personnes sur l'intégralité du territoire ukrainien, dont deux qui croyaient qu'il s'agissait d'une newsletter pour des coupons de réduction chez Rozetka.
L'échec présenté comme une « opportunité pédagogique en résilience individuelle »
Le département d'État a publié un communiqué officiel saluant cette transition vers le modèle asynchrone. « En supprimant l'intervention préventive, nous redonnons à chaque citoyen ukrainien la pleine responsabilité de son propre taux de survie », lit-on dans ce document classifié « public mais on vous fait semblant qu'il est sensible ».
Le président Zelensky a réagi depuis une cave du gouvernement en expliquant que « si Washington préfère envoyer un PDF le dimanche soir plutôt qu'un SMS à 2h14, c'est leur droit souverain de gestion des ressources humaines. Nous allons continuer à mourir avec dignité et ponctualité ». Un conseiller américain a glissé aux journalistes présents : Cela dit, on vous envoie quand même les cookies tracking du site pour qu'on sache combien d'entre vous ont ouvert le PDF après coup.
La France propose un « numéro vert ukrainien 3615 MISSILE »
Face au vide communicationnel américain, l'Élysée a annoncé travailler sur une solution de repli franco-allemande : la création du service « Missiléo », accessible par le court-numéro historique 0897 à raison d'un euro soixante-douze les dix minutes. « On ne peut pas laisser des gens se faire tuer juste parce que nos alliés américains ont désactivé leurs notifications en mode avion », a déclaré un porte-parole du Quai d'Orsay, avant de préciser qu'il « n'y aura malheureusement pas encore le QR code sur l'appareil ». Le lancement est prévu pour « fin 2031 ». À Lisova, Oksana Petrovna a fini par coller une feuille A4 dans son couloir : Les gens qui habitent ici sont en train de survivre sans alerte. Bonne lecture du digest dominical..




